Transition Énergétique: l’Ère des Métaux Rares

par | 19 Juil 2021 | Diplomatie Énergétique

La transition énergétique constitue un bouleversement du cycle des matières premières avec une croissance exponentielle des métaux rares.

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La transition énergétique sera le moteur du prochain supercycle des matières premières selon Wood Mackenzie. Plutôt que les combustibles fossiles, ce supercycle valorisera les métaux industriels nécessaires à l’électrification de la société.


 

Transition énergétique : les métaux au centre du prochain supercycle

La ruée post-pandémie sur les métaux de base ne correspond pas à un nouveau supercycle. Celui-ci proviendra de la transition énergétique en cours. Cette transition devrait entraîner une augmentation exponentielle de la demande de métaux ces deux prochaines décennies.

$50.000 milliards d’investissements seront nécessaires pour alimenter les réseaux électriques tout en éliminant les installations à fortes émissions de carbone. Cela permettra de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. L’approvisionnement en métaux jouera un rôle essentiel dans cet objectif.

 

3 variables influenceront le nouveau supercycle

Selon Wood Mackenzie, trois évolutions possibles pourraient influencer le déroulement de ce supercycle des matières premières. Ces évolutions détermineront également les gagnants et les perdants de la transition énergétique.

Premièrement, la concentration du contrôle des chaînes d’approvisionnement en métaux pourrait exclure certains acteurs. Simon Morris, responsable métaux chez Wood Mackenzie, souligne les prémices d’une telle concentration dans les mains chinoises :

« Si la démarche de la Chine visant à sécuriser les matières premières des batteries est bien documentée, son autosuffisance croissante en aval est moins connue. 75% des batteries lithium-ion mondiales, 70% des panneaux solaires et 60% des véhicules électriques sont fabriqués en Chine. »

L’augmentation des liquidités confère à la Chine une plus grande capacité d’investissement, facilitant sa stratégie de sécurisation de ses approvisionnements. Cette stratégie pourrait empêcher les autres acteurs de tirer bénéfice de la transition énergétique et du supercycle à venir.

 

L’impact des fluctuations de prix

Deuxièmement, l’incertitude concernant l’approvisionnement et la volatilité des prix pourraient stimuler la recherche d’alternatives, rendant les produits traditionnels obsolètes. Par exemple, l’augmentation de la demande en véhicules électriques pourrait compromettre l’approvisionnement en métaux et faire fluctuer leur prix. Une telle situation pousserait les fabricants à innover pour contourner leur usage, modifiant le cours du supercycle des matières premières.

 

Une conscience environnementale émergente

Enfin, la conscience environnementale pourrait pousser les consommateurs à rejeter les métaux, comme c’est actuellement le cas pour le plastique. La société pourrait alors exiger plus de durabilité, désapprouvant l’utilisation croissante de métaux primaires dans les voitures, téléphones portables, infrastructures… Une baisse de la demande ou la réclamation d’une réutilisation accrue, constituent un risque considérable pour les producteurs de demain.

 

La décarbonation source d’inconnues

Selon Wood Mackenzie, les métaux devraient être au centre du prochain supercycle, dû à l’influence de la transition énergétique. Mais même pour ces produits, la décarbonation crée autant de risques que d’opportunités.

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Le scénario Accelerated Energy Transition-2 (AET-2) prévoit une limitation à 2°C de la hausse des températures mondiales. Pour réaliser cette transition énergétique, 360 Mt d’aluminium, 90 Mt de cuivre et 30 Mt de nickel seront nécessaires. Une telle quantité de métal supplémentaire présente des défis évidents pour les producteurs comme pour les consommateurs.

« Comme pour tous les produits de base, les métaux essentiels à la transition devront assurer le remplacement des mines existantes à mesure qu’elles s’épuisent et ferment. Dans notre scénario de base, qui correspond à un réchauffement climatique de 2,8-3°c, cette exigence est gérable. Toutefois, pour le scénario AET-2, la nouvelle capacité installée annuelle requise devient exorbitante. D’ici 2030, les producteurs de cobalt auraient besoin de développer 167% de capacité supplémentaire par rapport à nos prévisions actuelles. Pour le cuivre, ce chiffre monte à 85%. Cela représentera un énorme défi pour le secteur. », ajoute Simon Morris.

 

Le déclin des énergies fossiles

Malgré les nombreuses inconnues, les producteurs de métaux s’attendent à bénéficier de la transition énergétique et du prochain supercycle. Par contraste, ces développements devraient acter le déclin d’autres matières premières.

Dans le scénario AET-2, la part des combustibles fossiles dans la demande d’énergie tombe à 50% d’ici à 2050. L’essor des véhicules électriques fait chuter la demande de pétrole à 35 millions de b/j, 70% de moins qu’aujourd’hui. Le prix du pétrole passe sous la barre des $20 par baril.

La demande de charbon thermique connaîtra également une forte baisse. En revanche, la demande de gaz restera stable grâce à l’hydrogène bleu et aux perspectives qu’offrent les technologies de CCUS.

 

Anticiper pour créer un marché plus durable

« Même si [une régulation] pourrait à terme limiter les pics, [elle] réduira certainement les creux et, au final, favorisera une dynamique de marché plus durable à long terme. » conclut Simon Morris.

Pour la première fois dans l’histoire de l’industrie minière, il est possible d’anticiper un bouleversement de la demande. Permettant d’agir avant la submersion des chaines d’approvisionnement.