Plan Biden pour l’Énergie: l’épineuse question des Réseaux Electriques

par | 25 Déc 2020 | Politique Énergétique

Le Plan Biden pour l’énergie affiche des objectifs impressionnants en matière de transformation du mix énergétique aux États-Unis. Le Président élu vise ainsi à décarboner…

Le Plan Biden pour l’énergie affiche des objectifs impressionnants en matière de transformation du mix énergétique aux États-Unis. Le Président élu vise ainsi à décarboner complètement la production d’électricité d’ici 2035 et atteindre la neutralité carbone en 2050. Afin d’atteindre ces objectifs, les capacités éoliennes et solaires devront être multipliées par 4 dans les quinze prochaines années. Or, cette ambition posera inévitablement la question de la soutenabilité des réseaux électriques et de leur nécessaire modernisation.


 

Le très ambitieux Plan Biden pour l’énergie

Des investissements considérables dans la transition énergétique

Afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050, les États-Unis vont devoir dès aujourd’hui s’atteler à transformer leur mix énergétique. En 2019, les énergies fossiles représentaient ainsi près de 83% de la consommation d’énergie primaire. Étant donné l’ampleur de la tâche, le Plan Biden pour l’énergie propose un programme d’investissements de 400 milliards de dollars.

Réparti sur 10 ans, ce programme vise à mobiliser près de 4 000 milliards d’investissements privés dans les énergies bas-carbone. Ce montant se trouve largement en phase avec les estimations réalisées par le cabinet Wood Mackenzie de 4 500 milliards. La difficulté sera de savoir si un Sénat, probablement à majorité républicaine, pourrait accepter un telle transformation du mix énergétique.

La décarbonation du secteur électrique en 2035

En effet, on peut s’interroger quant au réalisme d’une décarbonation totale du secteur électrique en 2035. Aujourd’hui, l’ensemble des énergies renouvelables (EnR) ne pèsent que 17% dans le mix électrique américain. Si l’on rajoute le nucléaire, seulement 1/3 de l’électricité se retrouve dès lors complètement décarbonée.

D’ici 15 ans, il faudrait ainsi remplacer près de 2700 térawattheure de production fossile dans le mix électrique. Ce chiffre ne prend même pas en compte l’augmentation attendue de la consommation d’électricité. Si l’on exclut le nucléaire et l’hydroélectricité au potentiel de développement limité, cela signifie un quadruplement des capacités EnR. Or, ce quadruplement de la production ne pourra se réaliser sans une modernisation profonde des réseaux électriques.

 

L’importance des réseaux électriques dans la mise en œuvre du Plan Biden pour l’énergie

Les EnR transforment les réseaux électriques

Généralement, lorsque l’on parle de transition énergétique, les experts se concentrent principalement sur la génération d’électricité. Pourtant, la question des réseaux est absolument centrale dans un mix électrique de plus en plus tourné vers les ENR. Ces dernières créent effectivement une double difficulté pour la gestion des réseaux électriques.

D’une part, l’intermittence des ENR engendre des risques de déséquilibre de l’offre d’électricité, notamment aux heures de pointe. D’autre part, la pénétration des ENR déstabilise le niveau des prix du fait de leur coût marginal nul. Autrement dit, le Plan Biden pour l’énergie pourrait s’avérer catastrophique si les réseaux ne sont pas en mesure de s’adapter.

La nécessité d’une modernisation des réseaux électriques

L’Allemagne est un des exemples régulièrement cités sur cette question. Le pays a en effet beaucoup de difficultés afin d’intégrer sa production éolienne offshore située dans le Nord. N’ayant pas investi dans ses réseaux, Berlin se retrouve obligée de réduire sa production ENR ou d’inonder les marchés européens. De fait, les prix de l’électricité se sont effondrés mettant en péril la rentabilité des opérateurs et des utilités.

Afin d’éviter un tel scénario, l’administration Biden devra donc investir massivement dans les réseaux électriques. La clé sera de réussir à moderniser ces réseaux en les rendant plus flexibles en utilisant notamment les nouvelles technologies. Par exemple, l’intelligence artificielle (IA) pourrait jouer un rôle central dans la gestion des pics de la demande d’électricité. De même, l’interconnexion des réseaux sera fondamentale pour relier les parcs EnR aux grands centres de consommation.

 

Les réseaux électriques comme obstacle principal au Plan Biden pour l’énergie

Le retard américain sur les réseaux électriques

Afin d’intégrer les EnR, la principale difficulté se trouvera donc dans la modernisation des réseaux électriques. Aux États-Unis, cette modernisation sera d’autant plus centrale que le pays possède un retard considérable sur les technologies de réseau. Ainsi, c’est la Chine qui domine la course dans le domaine des lignes ultra haute tension (UHV) et des inter-connecteurs.

De plus, les États-Unis souffrent d’un manque d’interconnexion globale de leurs réseaux électriques. Ainsi, le pays se compose de trois réseaux électriques (Est, Ouest, ERCOT) opérant de façon indépendante. À l’intérieur de chaque réseau se trouve également une multitude d’opérateurs régionaux tous liés par différents organes de régulation. Pour couronner le tout, chaque État impose ses propres règles en matière de construction et de maintenance des lignes électriques.

La difficulté de moderniser les réseaux électriques

Devant cet amas de régulations et d’opérateurs, il sera difficile pour Joe Biden de moderniser les réseaux électriques. Le Plan Biden pour l’énergie ne prévoit d’ailleurs pas d’action spécifique dans ce domaine. Comme nous l’avons montré, il s’agit d’une erreur considérable étant donné l’importance des réseaux dans l’intégration des EnR. Dans une conférence, le Directeur de l’Agence internationale de l’énergie s’était lui-même inquiété d’un manque d’investissements probable dans les réseaux.

Pour la prochaine administration, la difficulté consistera à convaincre les États locaux de la nécessité d’investir dans les réseaux. Or, ces États se retrouvent bien souvent confrontés à l’hostilité des populations envers ce type d’infrastructure. En outre, le fait que la terre soit en grande partie privée aux États-Unis, pose des problèmes financiers considérables. Les opérateurs sont ainsi obligés de rémunérer les propriétaires terriens alors même que la transmission d’électricité ne génère aucun revenu.

Par conséquent, le système de propriété privée des terres ne facilite pas l’expansion des réseaux électriques aux États-Unis. Pire, le pays a pris un retard considérable si l’on compare avec la Chine. Pourtant, cette modernisation des réseaux représente une condition indispensable au quadruplement des capacités EnR. De là dépendra sans nul doute, la réussite du Plan Biden pour l’énergie.