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Pétrole Irakien: Annulation D’un Contrat Avec La Chine

Pétrole Irakien: Annulation D’un Contrat Avec La Chine

  • Dans un contexte économique difficile, l'Irak vient de refuser de livrer son pétrole à l'entreprise chinoise ZhenHuaOil. Le gouvernement s'asseoit sur 2 milliards USD$ par an pendant 5 ans, alors qu'une réaction américaine est attendue à Bagdad. 
pétrole irakien

Le pétrole irakien n’ira pas en Chine. Le pays vient en effet de refuser de signer l’accord d’approvisionnement avec ZhenHua Oil. Cette stratégie semble prendre place au cœur d’une bataille géopolitique plus large incluant en plus de l’Irak, la Chine, les États-Unis, la Russie, l’Iran. 


 

Le pétrole irakien ne transitera pas vers la Chine

Gel d’un accord de 2 milliards USD$ par an

Le pétrole irakien devait, suite à un appel d’offre déposé en novembre dernier et remporté par ZhenHua Oil, transité vers la Chine. Le contrat stipulait que l’Irak livre 4 millions de barils par mois, soit environ 130.000 barils par jour, pendant 5 ans. L’acheteur devait néanmoins payer d’avance pour une année d’approvisionnement, soit 2 milliards USD$.

À cause de la hausse des prix du pétrole ?

Finalement, Bagdad a choisi de ne pas exécuter ce contrat, notamment du fait de la hausse des prix du pétrole survenue en fin d’année 2020. En effet, sa position s’est améliorée, car le prix du pétrole a grimpé de 62 % depuis début novembre pour atteindre environ 63 USD$ le baril. Cette hausse est en grande partie due à l’arrivée des vaccins contre les coronavirus.

Néanmoins, les contrats pétroliers de longue durée ne sont jamais basés sur un prix fixe. Ils sont basés sur une référence prenant en compte les tendances à la hausse du prix du pétrole. D’autres raisons semblent donc expliquer la situation.

 

L’Irak trop dépendant du pétrole ?

90% des recettes étatiques issues de la manne pétrolière

Le prix du pétrole instauré par l’Arabie saoudite au deuxième trimestre 2020 a fait basculer dans le rouge les finances publiques de Bagdad. Les recettes pétrolières du pays ont en effet chuté de près de 50%. Or, environ 90% des revenus du gouvernement irakien proviennent toujours des exportations de pétrole.

Les effets de la crise du Covid-19 ont également impacté lourdement les finances irakiennes. Par conséquent, les tensions se sont ravivées entre Bagdad et la province autonome du Kurdistan au sujet d’un accord « pétrole contre budget ». Par ailleurs, le gouvernement a introduit des réductions drastiques des dépenses publiques, notamment des salaires des fonctionnaires.

La situation économique était donc critique, c’est pourquoi l’Irak s’est d’abord tourné vers la Chine.

La Chine donne 50.000 vaccins

Évidemment, les négociations sur le pétrole irakien avec la Chine s’inscrivent dans le contexte de crise sanitaire. En ce sens, la Chine a fait don à l’Irak de 50.000 vaccins Sinopharm.

L’Irak a donc pu commencer sa campagne de vaccination ce mardi 2 mars 2021. Cette campagne a été lancée alors que l’Irak lutte contre une deuxième vague d’infections par la Covid-19, avec plus de 4600 nouveaux cas par jour. De plus, le gouvernement irakien fait face à des critiques croissantes sur sa gestion de la pandémie.

La Chine apparaît donc comme un sauveur pour l’Irak, dont l’économie est ravagée par la chute du cours du pétrole et par la crise sanitaire. Pourquoi alors geler cet accord ?

 

Les vraies raisons de l’annulation de l’accord sur le pétrole irakien

Une bataille géopolitique pour l’influence sur l’Irak

Depuis 2003 et l’invasion américaine, l’Irak a trouvé un moyen de prendre le jeu à son compte. Bagdad envoie ainsi le signal d’un rapprochement de l’Iran, de la Russie ou de la Chine. Cela se fait par le biais de l’attribution de divers champs pétrolifères ou d’autres contrats.

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Les États-Unis, craignant l’influence de ces trois pays sur l’Irak, se voient dans l’obligation de riposter. Cela peut alors prendre la forme de financement directement ou indirectement par le biais d’accords massifs entre les entreprises américaines et irakiennes. L’Irak prend alors l’argent et les contrats, et poursuit sa stratégie. Celle de rester du côté de l’Iran, dont l’emprise sur le pays reste très importante.

Le président Trump a joué le jeu de l’Irak, accordant aux pays des dérogations pour continuer à importer de l’électricité et du gaz depuis l’Iran malgré les sanctions américaines. Le but était de ramener l’Irak du côté des États-Unis. De l’éloigner par la même de la Chine et de la Russie dans la bataille géopolitique qui se déroule au Moyen-Orient.

La Chine, la Russie et l’Irak « testent » le président Biden

Avec le départ de Trump, l’Irak a paraphé l’accord avec la société chinoise. Le but était d’obliger le nouveau locataire de la Maison Blanche à accorder d’autres dérogations à l’Irak. Il s’agissait d’un test à l’intention du président Biden.

En effet, la société chinoise Zhenhua Oil est une filliale de Norinco, l’entreprise chinoise de défense. Pour la Chine, il s’agit de voir comment réagit Biden lorsqu’on touche à des considérations sécuritaires.

Dans le même temps, la Russie attend aussi la réaction américaine. En effet, la Russie est un soutien important pour la province autonome du Kurdistan. Elle a ainsi perturbé l’accord entre le Kurdistan irakien et l’Irak, dans le but que l’Irak se tourne vers la Chine. Les yeux sont, dès lors, rivés vers Washington et le président Biden.

En somme, il semble que Bagdad essaie de voir si elle peut encore appliquer sa stratégie avec la nouvelle administration américaine.

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