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Pénuries de gaz en Asie : comment expliquer la situation ?

Pénuries de gaz en Asie : comment expliquer la situation ?

 

Les pénuries de gaz en Asie entraînent actuellement une flambée inédite des prix de l’électricité sur le continent. Début janvier, la compagnie Trafigura avait même acheté à Total un cargo GNL au prix exorbitant de 39 dollars/mmbtu. Cette hausse des prix s’explique par un hiver anormalement froid dans un contexte d’approvisionnement en offre particulièrement restreint. Ces pénuries auront un impact important sur l’évolution des marchés gaziers au cours de l’année 2021.


 

Les pénuries de gaz en Asie font décoller les prix régionaux

Un record d’importations pour le continent asiatique

Premier continent touché par l’épidémie de Covid-19, l’Asie semble pourtant la région du monde la moins affectée économiquement. Le FMI prévoit ainsi une croissance de l’ordre de 2,3 % pour la Chine soit beaucoup plus qu’aux États-Unis. Surtout, la région continue de tirer la croissance énergétique mondiale représentant l’un des rares marchés à la hausse en 2020.

Dernièrement, le continent a vu ses importations de GNL battre de nouveaux records avec une consommation en hausse de 4%. Pendant le mois de décembre 2020, les importations ont atteint le niveau historique des 22 millions de tonnes de GNL. La Chine, en particulier, a vu ses importations exploser à près de 66 millions de tonnes lors de l’année 2020.

 

Une hausse vertigineuse des prix sur les marchés gaziers

Cette hausse des importations s’accompagne d’une augmentation vertigineuse des prix du gaz en Asie. S’établissant en dessous des 2 dollars/mmbtu en avril, ces derniers ont dépassé au mois de janvier les 30 dollars/mmbtu. Le JKM, le prix de référence sur les marchés asiatiques, a vu son cours multiplier par 4 depuis octobre 2020.

Cette hausse des prix ne concerne pour l’instant que le continent asiatique faisant de celui-ci le marché d’attraction du GNL. Les États-Unis connaissent ainsi une relative stagnation du prix du gaz tandis qu’en Europe les prix n’augmentent que faiblement. Ce différentiel d’évolution des prix s’explique par les récentes pénuries de gaz en Asie déséquilibrant fortement les marchés.

 

Un hiver froid et des contraintes sur l’offre expliquent les pénuries de gaz en Asie

Un hiver anormalement froid

Les pénuries de gaz en Asie trouvent leurs racines dans un hiver anormalement froid faisant grimper subitement la demande énergétique. La Chine a ainsi enregistré son hiver le plus froid depuis 1966 avec des températures en moyenne négatives depuis novembre. Le 7 janvier dernier, le thermomètre affichait même une température de -20 degrés sur l’ensemble du territoire chinois, un record.

Cette vague de froid s’explique par le réchauffement de l’arctique entraînant un déplacement du Jetstream vers le Sud. Cette masse d’air froid s’est ainsi déplacée vers l’hémisphère Nord touchant particulièrement des pays comme la Chine ou le Japon. Paradoxalement, ce phénomène naturel représente une conséquence direct du réchauffement climatique et devrait impacter régulièrement la région à l’avenir.

Des contraintes sur l’offre

En plus de cette vague de froid, le continent a subit un certain nombre de contraintes sur l’offre de GNL. Ainsi, la région ne possède pas une capacité de stockage équivalente à celle de l’Union européenne. Or, les importations par cargos se retrouvent en difficulté du fait des congestions récurrentes dans le canal de Panama. Cela a contraint les transporteurs à adopter d’autres routes de navigation plus longues faisant augmenter les délais de livraison.

Il faut ainsi 20 jours pour un cargo américain avant d’atteindre le Nord de l’Asie via le canal de Panama. À l’inverse, ce temps de transport se voit rallonger de 20 à 30 jours pour les routes alternatives. À cela s’ajoutent les contraintes anti-pollution qui ont limité l’usage du charbon dans la génération d’électricité en Chine. Au Japon, c’est la décision de reporter la mise en service de plusieurs réacteurs nucléaires qui a restreint les alternatives.

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Les pénuries de gaz en Asie vont-elles durer ?

Les perspectives de la demande de gaz en 2021

Les pénuries de gaz en Asie représentent un phénomène exceptionnel fondé sur un hiver froid et un manque d’offre. Dès la fin de l’hiver, les experts s’attendent à ce que la demande diminue réduisant la pression sur les prix. D’après Wood Mackenzie, les prix du GNL en Asie devraient se stabiliser au printemps autour des 8 dollars/mmbtu.

Pourtant, ce niveau de prix reste plutôt élevé surtout si on le compare aux prix de l’année 2020. Cela se justifie par le maintien d’une demande forte suite à la réinjection de gaz dans les centres de stockage. De même, les politiques de remplacement du charbon par le gaz devraient se poursuivre sur le continent ces prochaines années. Enfin, les problèmes de congestion du canal du Panama resteront un facteur important de hausse des prix dans la région.

Les perspectives de l’offre de gaz en 2021

Pour ce qui est de l’offre, les experts s’attendent à une légère augmentation de la production disponible en 2021. Les capacités d’exportations de GNL pourraient atteindre 540 bcm contre 525 en 2020. Plusieurs projets GNL devraient ainsi voir le jour comme Corpus Christi Train 3 aux États-Unis ou Rotan FLNG en Malaisie. Cela permettra d’équilibrer les marchés asiatiques au moins jusqu’à l’hiver prochain.

Néanmoins, la mise en service de projets GNL se verra limitée par les retards pris en Norvège et en Australie. Dans ces derniers pays, plusieurs projets GNL dont Prelude et Gorgon, originalement prévus en 2021, ont été repoussés. La hausse de la demande de gaz en Asie se trouvera donc principalement comblée par les importations par gazoducs. On s’attend ainsi à ce que la Chine notamment consomme davantage de gaz venant de Russie et de Turkménistan.

En conséquence, les pénuries de gaz en Asie s’expliquent principalement par un hiver anormalement froid et une offre limitée. Avec le printemps, ces pénuries devraient diminuer réduisant ainsi fortement la pression sur les prix. Néanmoins, la demande devrait se maintenir à un niveau élevé dans un contexte de transition du charbon vers le gaz. La question sera dès lors de savoir si les pénuries actuelles ne vont pas remettre en cause cette transition.

 

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