Le livre blanc énergétiquedu Royaume-Uni place-t-il la barre trop haut?

par | 23 Déc 2020 | Politique Énergétique

Le livre blanc énergétique du Royaume-Uni vient d’être dévoilé par Boris Johnson. Structuré en 10 points, ce plan vise à faire du pays un leader…

Le livre blanc énergétique du Royaume-Uni vient d’être dévoilé par Boris Johnson. Structuré en 10 points, ce plan vise à faire du pays un leader mondial de la transition énergétique. Londres compte ainsi décarboner en grande partie son électricité dès 2030 et atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Bien que très ambitieux, ce plan souffre néanmoins de plusieurs zones d’incertitude concernant aussi bien son financement que son coût.


 

Un livre blanc énergétique extrêmement ambitieux

La décarbonation du secteur électrique en 2030

En dévoilant son livre blanc énergétique, le Gouvernement britannique affiche haut et fort ses ambitions en matière de climat. Pour Londres, il s’agit d’utiliser la transition énergétique comme d’un levier d’une possible réindustrialisation du pays après le Brexit. Le plan vise ainsi à créer plus de 200.000 emplois, principalement dans les régions du Nord du pays.

Afin d’atteindre cet objectif, le gouvernement compte installer près de 40 GW de capacités éoliennes offshore d’ici 2030. Selon Londres, cela permettra d’alimenter l’ensemble des ménages britanniques en électricité bas-carbone. Cette capacité offshore offrira également les moyens nécessaires à une électrification progressive du parc automobile. Rappelons que Boris Johnson vient d’annoncer l’interdiction des ventes de véhicules thermiques à partir de 2030.

L’objectif de la neutralité carbone en 2050

Le plan en 10 points dévoilé le 14 décembre ne s’arrête pas à la décarbonation du seul secteur électrique. En 2050, le Royaume-Uni espère ainsi devenir l’un des premiers pays neutres en carbone. Cela passera notamment par la décarbonation de secteurs au coût d’abattement très élevé comme le transport aérien ou le ciment.

Dans cette optique, le plan mise sur l’hydrogène et le développement des technologies de capture et stockage de CO2 (CCUS). Londres compte ainsi produire près de 5 GW d’hydrogène d’ici 2030. Pour les technologies CCUS, l’objectif est de créer à cette date 4 projets pilotes dans l’industrie. En tout, le gouvernement britannique souhaite réduire de 68 % ses émissions de CO2 d’ici 10 ans.

 

La question du financement dans le livre blanc énergétique britannique

Un plan de 12 milliards de livres

Londres affiche donc des ambitions très élevées en matière de décarbonation de son mix énergétique. Pourtant, le financement prévu dans le livre blanc énergétique ne semble pas être au niveau des ambitions britanniques. Le plan prévoit en effet un soutien direct de l’État à hauteur de 12 milliards de livres. Toute chose égale par ailleurs, cela représente 7 fois moins que le budget consacré au plan de rénovation des routes.

Autant dire que l’enveloppe financière semble encore très limitée. Certes, le gouvernement ambitionne d’attirer près de 40 milliards d’investissements privés. Cependant, pour les secteurs à coût d’abattement élevé, ce montant semble très insuffisant pour insuffler une véritable dynamique. Il faut rappeler qu’aujourd’hui une unité de CCUS est encore loin d’être compétitive sans des subventions massives de l’État.

Un financement pas à la hauteur des ambitions

Autre technologie encore très dépendante de l’aide publique, l’hydrogène semble être le parent pauvre du plan britannique. Le gouvernement a ainsi annoncé une enveloppe de 240 millions de livres pour produire 5 GW d’hydrogène décarboné en 2030. Or, ce montant apparaît dérisoire pour développer une technologie non-compétitive et qui ne le sera probablement pas avant 2030. Par comparaison, la France compte investir près de 7,2 milliards dans son plan « hydrogène ».

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Il en va de même pour le financement de l’électrification du transport automobile avec seulement 2 milliards de livres investis. Pour se défendre, Londres insiste sur le fait que le plan énergétique bénéficiera des 280 milliards du plan de relance. La difficulté est qu’il est aujourd’hui difficile d’évaluer précisément la part du budget consacré à la transition énergétique. Il est ainsi très probable qu’une partie du plan de relance a servi à financer les énergies fossiles.

L’épineuse question du coût de la décarbonation

Une facture énergétique élevée

La question du financement du plan énergétique induit forcément à s’interroger sur les coûts d’une complète décarbonation du secteur électrique. L’éolien offshore reste en effet à l’heure actuelle la plus chère des principales énergies renouvelables (EnR). Son coût n’a ainsi diminué que de 20 % depuis 2012 contre 75 % pour le solaire.

De fait, le gouvernement britannique s’expose à une forte augmentation de la facture énergétique payée par les ménages. C’est pourquoi Londres a décidé d’allouer près de 7 milliards de livres à un programme d’aides aux foyers modestes. Le gouvernement britannique compte également s’appuyer sur la concurrence pour faire baisser les prix. Or, dans un environnement déjà concurrentiel, cette mesure risque d’avoir peu d’effets sur les prix payés par le consommateur.

La problématique de la stabilité des réseaux électriques

Outre l’augmentation des prix, décarboner rapidement le secteur électrique entraînera des changements dans la gestion des réseaux électriques. La forte pénétration de l’énergie éolienne offshore intermittente pourrait ainsi déséquilibrer les réseaux aux heures de pointe. Cette année, déjà, l’opérateur du réseau avait dû faire appel à des centrales à charbon comme capacité de réserve.

Afin de maintenir la stabilité des réseaux, le libre blanc énergétique britannique propose de s’appuyer sur l’énergie nucléaire. Ainsi, Londres a décidé d’ouvrir une nouvelle centrale à Sizewell pour un coût de 22 milliards d’euros. On peut toutefois douter qu’un tel projet puisse être opérationnel avant 2030 vu les retards récurrents dans ce secteur.

Par conséquent, il existe un vrai risque quant à l’équilibre des réseaux électriques d’ici à 2030. D’autant plus que le plan ne prévoit pas d’efforts en matière de modernisation de ces réseaux. Cette problématique traduit en tout cas les nombreuses incertitudes entourant le plan britannique.