Le Charbon en Asie renait de ses Cendres

par | 23 Avr 2021 | Charbon, Énergies Fossiles

Le charbon en Asie notamment est loin d'être une énergie du passé. L'IEA plancherait même sur une consommation record en 2021.

charbon chine

Le charbon en Asie notamment, est loin d’être une énergie du passé. L’Agence Internationale de l’Énergie plancherait même sur une consommation record en 2021. Tirée par la demande asiatique, cette résurgence risque néanmoins de compliquer les efforts climatiques. Retour sur le Global Energy Review 2021 de l’IEA paru en début de semaine.


 

Le charbon en Asie : baisse de la consommation jusqu’en 2020

D’après le Global Energy Review de l’IEA, le charbon devrait réaliser son grand comeback en 2021. Pourtant, entre 2014 et 2019, la consommation mondiale de charbon avait diminué de presque 3 %. La pandémie de Covid-19 n’a fait qu’aggraver ce déclin en entraînant un effondrement de l’ordre de 4 % en 2020.

Le déclin du charbon se trouve particulièrement prononcé en Europe avec une chute annuelle des capacités de 12 %. Cela s’explique par la compétitivité des énergies renouvelables ainsi que par la hausse très forte des prix du carbone. Les États-Unis subissent également un déclin irréversible de leur production charbonnière (- 23 % depuis 2017). Malgré l’élection de Trump, le charbon n’a en effet pas su résister à la compétitivité du gaz naturel.

 

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(Source : BNEF)

 

Un marché dorénavant tourné vers l’Asie

L’effondrement Européen et Américain se trouve en partie compensé par la hausse de la demande en Asie. Il y a 20 ans, ces deux régions comptaient autant que la Chine et l’Inde dans la consommation de charbon en Asie. Aujourd’hui, ces deux pays représentent à eux seuls les deux tiers de la consommation mondiale. Globalement, 75 % de la consommation se réalise en Asie-Pacifique.

Néanmoins, si la demande charbon en Asie augmente, celle-ci a eu tendance à décélérer depuis 2014. Cela était principalement dû au ralentissement chinois provoqué par une baisse de la croissance énergétique ces dernières années. Pékin a également encouragé la fermeture des centrales à charbon afin d’améliorer la qualité de l’air dans les grandes villes.

 

Une très forte augmentation de la demande en 2021

Selon le Global Energy Review, le trend baissier en cours depuis 2014 devrait s’achever en 2021. En effet, l’Agence internationale de l’énergie estime à 4,5 % la hausse de la demande cette année. Initialement pourtant, l’IEA planchait sur une augmentation de, “seulement”, 2,6% cette année. Il s’agira finalement de la plus forte croissance de consommation à des niveaux proches du record réalisé en 2014.

Il faut bien voir que cette croissance touchera tout aussi bien l’Asie que l’Europe ou les États-Unis. Dans ces deux dernières régions, les prix du gaz vont en effet fortement augmenter dans un contexte de reprise économique. Le charbon quant à lui bénéficiera du rebond de la production industrielle principalement aux États-Unis et en Allemagne.

 

Une demande qui continue à augmenter en Asie

Mais c’est surtout le charbon en Asie qui tirera la croissance de la consommation mondiale en 2021. L’IEA s’attend ainsi à une très forte reprise économique en Chine favorisant la demande d’électricité et la production industrielle. La production d’acier, de ciment et d’autres produits sidérurgiques devraient notamment stimuler la demande de charbon. Selon l’Agence, la demande devrait bondir de 4 % cette année atteignant son plus haut niveau historique.

L’Inde constituera également un des principaux moteurs de la consommation de charbon représentant déjà 10 % de la consommation mondiale. La demande devrait s’accroître de 9 % cette année établissant la consommation Indienne au-dessus de son niveau de 2019. Cela s’explique par le rebond attendu de la croissance économique, mais aussi le déclin de la production d’hydroélectricité. Au niveau global, ce sont donc toutes les régions de la planète qui devraient voir leur consommation de charbon augmenter.

 

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Un monde encore très loin des objectifs de l’Accord de Paris

D’après le Global Energy Review, l’augmentation de la consommation de charbon va entraîner une hausse parallèle des émissions de CO2. L’IEA estime à 4,8 % cette hausse des émissions soit la deuxième augmentation jamais enregistrée dans l’histoire. Avec 500 millions de tonnes de CO2 émises cette année, la Chine sera la principale contributrice du rebond des émissions.

Malgré l’annonce d’une neutralité carbone en 2060, le pays continue ainsi à installer de nouvelles capacités de charbon. En 2020, près de 38 GW ont été installés contre moins de 10 GW qui ont fait l’objet d’un décommissionnement. En Inde, le gouvernement planifie l’installation de près de 60 GW de capacité de charbon d’ici à 2026. Pour les pays émergents, le charbon reste en effet indispensable, la croissance des EnR ne pouvant répondre à la demande.

 

Une hausse incompatible avec l’accord de Paris

Dans l’optique de l’Accord de Paris, cette hausse des émissions est particulièrement inquiétante. Surtout, le rapport de l’IEA sonne comme un rappel à l’ordre avant le sommet sur le climat du président Biden. D’après le secrétaire général des Nations Unies, il serait urgent d’éliminer le charbon dès 2040 pour respecter les 2 °C.

Or, la jeunesse de la flotte de charbon en Asie rend très difficile l’atteinte de cet objectif. Rappelons qu’une centrale possède une durée de vie de l’ordre de 25 à 40 ans. En outre, l’Asie ne peut bénéficier de réserves de gaz en abondance faisant du charbon l’énergie de complément aux EnR. Ainsi, les centrales de charbon servent bien souvent de capacités de réserve pour combler l’intermittence des renouvelables.

En conséquence, le Global Energy Review rappelle le rôle indispensable du charbon dans le mix énergétique asiatique. Contrairement à l’Europe et aux États-Unis, le charbon reste compétitif face au gaz et aux EnR dans cette région. Le prochain sommet sur le climat devra dès lors concentrer ses efforts sur les moyens d’éliminer le charbon d’ici à 2040. Sans résultats sur ce sujet, il sera impossible de respecter les objectifs de l’Accord de Paris.