Keystone XL : Joe Biden enterre l’oléoduc controversé

par | 21 Jan 2021 | Énergies Fossiles, Pétrole, Politique Énergétique

  Le Keystone XL fait l’objet depuis l’annonce de son expansion en 2014 d’une véritable controverse aux États-Unis. Cet oléoduc a pour objectif de relier…

Keyston XL

 

Le Keystone XL fait l’objet depuis l’annonce de son expansion en 2014 d’une véritable controverse aux États-Unis. Cet oléoduc a pour objectif de relier les réserves pétrolières bitumineuses canadiennes de l’Alberta aux raffineries du golfe du Mexique. Arguant des dégâts considérables sur l’environnement et la biodiversité, une grande partie de l’opinion américaine s’oppose à ce projet. Dans ce contexte, Joe Biden a décidé d’abandonner définitivement l’oléoduc dès le premier jour de sa présidence.  


 

Keystone XL : un projet très controversé depuis 2014

 

L’absence d’opposition dans les premières phases du projet

Le projet Keystone débute dès 2005 et vise à fournir le marché américain en pétrole bitumineux canadien. Dans sa première phase, terminée en 2010, l’oléoduc rejoint l’Alberta aux infrastructures pétrolières du Nebraska et de l’Illinois. En 2011, la seconde phase du projet permet d’étendre l’oléoduc vers le centre de distribution de Cushing dans l’Oklahoma.

 

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Peu après, l’administration Obama autorise la troisième phase d’expansion vers les raffineries du golfe du Mexique. Inauguré en 2014, ce tronçon de l’oléoduc permet à 600.000 barils de brut canadien d’être raffinés au Texas. À l’époque, l’ensemble du projet n’avait pas fait l’objet d’une grande contestation de la société civile ou du Parti démocrate.

 

Une quatrième phase hautement controversée

Tout changea lorsque le seul opérateur de l’oléoduc, TC Energy, décida de mettre en œuvre une quatrième phase au projet. Celle-ci visait à construire un nouvel oléoduc reliant l’Alberta au Nebraska en utilisant un tracé différent de la première phase. Raccourcissant de moitié le trajet effectué, ce projet dit Keystone XL traverse directement l’État du Dakota du Nord.

 

Ce point est essentiel pour comprendre la controverse qui s’est emparée de la société américaine depuis 2014. En effet, ce nouveau tracé permet de valoriser les réserves pétrolières non-conventionnelles du bassin de Bakken au Dakota. De fait, les promoteurs du projet y voient une source indispensable de revenus et de créations d’emplois pour la région. À l’inverse, ce nouveau tracé pose de nouveaux problèmes environnementaux affaiblissant notamment l’écosystème des réserves indiennes du Nebraska.

 

L’opposition d’une grande partie de la gauche américaine au Keystone XL

 

L’opposition des associations environnementales et des tribus indiennes

Dès 2014, le projet Keystone XL fait face à une opposition importante au sein de l’opinion publique américaine. L’oléoduc se voit notamment accuser d’avoir un impact négatif sur la biodiversité mettant en danger plusieurs espèces protégées. Selon un rapport de la National Wildlife Federation, la construction de l’oléoduc pourrait dégrader l’habitat de neuf espèces en danger.

 

Les tribus indiennes sont également montées au créneau afin d’empêcher la mise en œuvre du projet. Les tribus Sioux accusent notamment le constructeur d’empiéter sur des territoires sacrés pour les amérindiens. L’accès à l’eau de ces tribus dépendra également de l’absence de fuites de l’oléoduc pouvant polluer les rivières.

 

Un projet très émetteur en CO2

À ces oppositions s’ajoutent toutes les inquiétudes concernant l’empreinte carbone du projet et son impact sur le réchauffement climatique. Ces inquiétudes concernent principalement l’exploitation de pétrole bitumineux extrêmement polluant au Canada. D’après l’Agence de protection de l’environnement (EPA), ce type de pétrole émet 17 % d’émissions en plus que la moyenne. Cela signifie l’émission annuelle de 177 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

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Afin de dissiper ces craintes, l’opérateur objectait que la situation serait bien pire sans l’oléoduc. Selon TC Energy, les alternatives telles que le transport par camions entraineraient une hausse beaucoup plus importante des émissions. Néanmoins, cet argument est contestable car le transport routier ne constitue pas une alternative crédible du fait de son coût. Dans ces conditions, le président Obama avait mis son véto dès 2015 à la poursuite du projet.

 

La politisation du projet Keystone XL

 

Un débat plus politique qu’économique

Depuis 2014, le projet Keystone XL est devenu un enjeu politique majeur aux États-Unis entre démocrates et républicains. S’appuyant sur le véto d’Obama en 2015, les démocrates s’opposent ainsi à toute relance du projet. Au contraire, les républicains défendent farouchement la construction de l’oléoduc entraînant la levée du véto présidentiel par Trump en 2017. Depuis, le projet s’est trouvé confronté à des obstacles juridiques retardant considérablement le début des travaux.

 

Au fond, le débat sur la construction de l’oléoduc se situe davantage au niveau politique qu’économique. En effet, la baisse des prix du pétrole depuis 2014 rend le pétrole bitumineux d’Alberta peu compétitif sur les marchés. Avec l’explosion du pétrole de schiste, le marché américain n’a plus autant besoin de ce pétrole qu’au début du projet. Les arguments économiques en faveur de l’oléoduc ont donc perdu une grande partie de leur influence.

 

L’enterrement du projet par Biden

C’est en plein cœur de ce débat qu’intervient l’élection de Joe Biden. Celui-ci a annoncé l’abandon définitif du projet via un décret présidentiel dès le premier jour de son mandat. Malgré la promesse de l’opérateur de fournir l’oléoduc en électricité complètement renouvelable d’ici 2030, cette décision est dorénavant actée. Pour Joe Biden, il s’agit d’un geste fort en vue de préparer le retour des États-Unis sur la scène climatique.

 

Pourtant, cette décision crée une première crise diplomatique avec son voisin canadien particulièrement déçu par la position américaine. Pour Ottawa, l’abandon du projet Keystone signifie en effet l’affaiblissement de son industrie pétrolière dans un contexte de crise. Ce retournement américain est d’autant plus important que le Canada se trouve confronté à une montée de l’indépendantisme en Alberta. Cette dernière province a même lancé une procédure de compensation financière sous le cadre de l’USMCA, l’accord de libre-échange nord-américain.

 

Pour l’heure, il est difficile de prévoir les conséquences d’une telle procédure sur la prochaine administration Biden. Ce qui est évident c’est que le président américain n’a pu faire fi de l’opposition de l’électorat démocrate. Le projet Keystone XL peut ainsi servir de symbole d’un changement de paradigme dans la politique énergétique américaine.