Hydrogène Allemagne: une Stratégie Internationale

par | 21 Mar 2021 | Énergie Hydrogène, Politique Énergétique

Hydrogène en Allemagne, pour être développé, compte s’appuyer sur un grand nombre d’acteurs. Tant pour la production d’hydrogène que pour l’approvisionnement. L’Allemagne souffre en effet…
Hydrogène Allemagne

Hydrogène en Allemagne, pour être développé, compte s’appuyer sur un grand nombre d’acteurs. Tant pour la production d’hydrogène que pour l’approvisionnement. L’Allemagne souffre en effet d’une faible dotation en énergies renouvelables (EnR) et cherche alors à diversifier ses approvisionnements, notamment dans la périphérie européenne. L’Allemagne souffre également de stress hydrique, or l’hydrogène produit par électrolyse de l’eau nécessite une grande quantité d’eau. Par conséquent, quelles sont les voies de discussion de l’Allemagne avec le reste du monde pour devenir l’un, si ce n’est le leader de l’hydrogène vert mondial ?


 

Hydrogène en Allemagne : le manque de disponibilité en énergies renouvelables

Une faible dotation en solaire et un potentiel éolien limité

L’hydrogène en Allemagne, afin d’être totalement décarboné, doit être issu d’électricité bas-carbone, principalement du solaire et de l’éolien. Pour l’Allemagne, la difficulté consiste à augmenter fortement sa production d’EnR afin de répondre à la demande d’hydrogène. Sur le solaire, par exemple, le pays souffre d’une faible dotation étant donné la nature de son climat.

Pour l’éolien, la difficulté se trouve principalement dans la faible acceptabilité sociale de cette technologie auprès des populations. Connu sous l’expression « not in my backyard », ce phénomène contraint  fortement la production d’éolien onshore. Seul l’éolien offshore possède encore des capacités de progression, mais celles-ci devraient être utilisées pour l’électricité des ménages. Rappelons que l’Allemagne a décidé d’atteindre la neutralité carbone de son économie, et donc de son secteur électrique, d’ici 2050.

Une production nationale insuffisante pour répondre à la demande d’hydrogène

Cette limitation des possibilités en matière de production domestique rendra l’Allemagne dépendante des importations en électricité bas-carbone. La production d’hydrogène par électrolyse exige en effet des quantités très importantes d’électricité, et ce, à un coût faible. D’après de nombreux experts, l’électricité représente ainsi entre 60 et 80% du coût de production de l’hydrogène.

Or, selon le Fraunhofer Institute, la demande allemande en hydrogène devrait atteindre au minimum 250 TWh chaque année d’ici 2050. Cela signifie que Berlin devra importer près de 45 millions de tonnes métriques d’hydrogène pour combler sa demande. C’est pourquoi dans sa stratégie nationale, le gouvernement allemand a consacré 2 milliards d’euros à des projets à l’étranger.

 

La stratégie internationale de l’Allemagne en faveur de l’hydrogène vert

Une stratégie tournée vers la périphérie de l’Europe

Afin de répondre à sa demande domestique, l’Allemagne doit donc importer en grande quantité d’hydrogène vert. La périphérie de l’Europe fait figure ici de terrain idéal afin de réaliser cette ambition. L’Ukraine, notamment, bénéficie d’un fort potentiel éolien et fait partie de la Communauté européenne de l’énergie. En août dernier, Kiev et Berlin ont signé un partenariat énergétique dans lequel s’inscrit la production d’hydrogène.

L’Allemagne compte surtout sur l’Afrique du Nord et sa forte dotation en énergie solaire dans les années à venir. Un accord a ainsi été trouvé avec le Maroc afin de construire la première usine de fabrication d’hydrogène en Afrique. Des discussions sont en cours également avec l’Algérie afin d’acheminer de l’électricité solaire vers l’Allemagne via le projet Desertec.

Une stratégie véritablement internationale

En plus de la périphérie de l’Europe, Berlin a signé plusieurs partenariats à l’étranger en Asie et Amérique latine. Sur le continent américain, les allemands peuvent s’appuyer sur un partenariat énergétique ancien avec le Chili. En décembre dernier, les deux pays se sont mis d’accord pour produire une usine d’hydrogène vert en Patagonie. Ce projet-pilote nommé « Haru Oni » implique principalement des firmes allemandes telles que Siemens ou Porsche AG.

Avec ses énormes capacités solaires, l’Australie fait également figure de partenaire de poids pour l’Allemagne, d’autant que le pays développe aussi sa filière hydrogène. Berlin et Canberra ont ainsi lancé un consortium commun regroupant des chercheurs et des industriels. L’objectif consiste à plus long-terme à organiser une véritable chaîne d’approvisionnement en hydrogène vert entre les deux pays.

 

La question de la maîtrise des chaînes d’approvisionnement d’hydrogène vert

Le problème de l’eau

L’internationalisation de la stratégie allemande en matière de d’hydrogène vert répond donc à une faiblesse dans la production en EnR. Par ses partenariats à l’étranger, Berlin souhaite ainsi maîtriser son approvisionnement futur et combler son manque de production domestique. Pourtant, cette stratégie risque de se retrouver confrontée à de nombreux obstacles d’ici 2050.

Tout d’abord, la plupart des pays partenaires de l’Allemagne souffrent de stress hydrique ce qui peut impacter la production d’hydrogène. Il faut rappeler que la méthode de l’électrolyse exige une quantité importante d’eau pour fabriquer ce vecteur d’énergie. Berlin pourrait ainsi se retrouver dépendante de pays vulnérables qui privilégieront l’agriculture et non l’hydrogène en termes d’accès à l’eau.

Le problème du transport

Autre difficulté, le transport de l’hydrogène est encore très loin d’être maîtrisé. L’Allemagne pourrait ainsi importer directement de l’électricité bas-carbone avant de fabriquer de l’hydrogène sur son territoire. Berlin envisage cette méthode avec l’Algérie mais les coûts de transport de l’électricité restent encore trop importants.

Sinon, l’Allemagne envisage d’utiliser les gazoducs existants en replaçant le gaz par de l’hydrogène. Cependant, les effets corrosifs de l’hydrogène sur les infrastructures rendent cette option peu praticable dans les faits. Le transport par bateau semble pour l’heure l’option privilégiée mais cela un coût important en matière de sécurité, plus que par gazoduc. À cela s’ajoutent les contraintes liées à la liquéfaction de l’hydrogène ce qui entraîne des surcoûts de production.

Par conséquent, si Berlin a beaucoup misé sur l”hydrogène vert, celui-ci présente des obstacles importants pour les industriels. Contrainte d’importer une part importante de son hydrogène, l’Allemagne devra ainsi maîtriser sa chaîne d’approvisionnement. L’internationalisation de la stratégie allemande vise justement à atteindre cet objectif par la signature de nombreux partenariats dans le monde. Le transport de l’hydrogène reste cependant une difficulté majeure à laquelle il sera impératif de répondre dans les prochaines années.