«Hydrogène Allemagne, Russie» Partenaires Concurrents?

par | 19 Mar 2021 | Diplomatie Énergétique, Énergie Hydrogène

Hydrogène Allemagne, Russie, l'un dispose des technologies, l'autre des ressources. L'Allemagne  pourrait se voir proposer par la Russie de l'hydrogène, ou du gaz pour le produire.
Hydrogène Allemagne

Hydrogène Allemagne, Russie, l’un dispose des technologies, l’autre des ressources. L’Allemagne  pourrait se voir proposer par la Russie de l’hydrogène, ou du gaz pour le produire. Cependant, dans les 2 cas cela aura pour effet de compromettre son indépendance énergétique. Une situation qui pourrait en outre accélérer le développement du Nord Stream 2.


 

Hydrogène Allemagne, Russie : l’autre ambition russe

L’hydrogène en Allemagne devrait pouvoir profiter des investissements de 1000 milliards d’euros dans les énergies renouvelables (EnR) prévu par l’Union européenne (UE) et son Pacte Vert pour la neutralité carbone d’ici 2050. En revanche, les Allemands n’ont pas attendu ce pacte pour se pencher sur l’hydrogène vert.

Avec son programme Stratégie hydrogène 2030, l’Allemagne a en effet déjà prévu d’investir neuf milliards d’euros dans l’hydrogène. Les grandes sociétés du pays tels que Uniper, Wintershall, Verbundnetz ou Siemens seront de la partie. Ce pays qui se veut pionnier de l’écologie avait pourtant accru sa dépendance aux énergies fossiles avec la disparition progressive du nucléaire de son mix énergétique.

 

Un Plan stratégique pour l’énergie 2035 en Russie

À l’Est, la Russie se prépare, elle aussi, à la bataille de l’hydrogène. Son Plan stratégique pour l’énergie 2035 prévoit de faire passer ses exportations de 200.000 tonnes en 2024 à 2 millions de tonnes en 2035. Comme les autres pays producteurs d’énergie fossiles, la Russie cherche sa reconversion à l’approche d’un probable pic de la consommation des énergies fossiles.

Le pays dispose davantage concurrentiels de premier choix afin d’atteindre ces objectifs. D’abord, il dispose de toutes les matières nécessaires à la production d’hydrogène : du nucléaire et de l’eau pour les procédés plus propres ; du méthane issu du gaz naturel pour les procédés plus polluants mais moins coûteux. Ce sont ces derniers qui sont le plus utilisés aujourd’hui pour produire l’hydrogène.

Ensuite, ces grandes sociétés d’État Gazprom et Rosatom disposent d’un savoir éprouvé et adaptable à la production d’hydrogène. Elles sont en passent de terminer les infrastructures nécessaires à la production disposant déjà d’installations pour l’écouler en Europe.

Parallèlement au développement des capacités de production d’hydrogène, la Russie veut aussi développer ses technologies d’exploitation de l’hydrogène. Le pays travaille sur ses moteurs à hydrogène, ses transports publics à hydrogène, etc. Il s’agit donc de créer toute une filière qui fournirait également le marché intérieur du pays.

 

Alors, partenaires ou concurrents ?

Si l’Allemagne dispose du potentiel technologique pour produire de l’hydrogène, il lui manque les matières dont la Russie regorge. Sans nucléaire disponible, une solution consisterait à utiliser l’excédent d’énergie produit par les éoliennes en période de crête pour transformer de l’eau en hydrogène. Or cette source d’énergie est bien trop limitée pour permettre, pour l’instant, une production d’hydrogène satisfaisant les ambitions nationales.

Une deuxième solution serait d’importer le méthane de Russie pour le transformer en Allemagne. Pour autant, cette option polluante ne paraît satisfaisante qu’a à une condition. Celle d’une amélioration des systèmes de captation du carbone (CSS) issu du processus. De plus, la production allemande d’hydrogène resterait dépendante de la Russie.

 

Une dépendance à la Russie

L’Allemagne devra encore donc pour longtemps acheter, soit de l’hydrogène, soit du gaz à la Russie. Selon le directeur du département des énergies de l’Institut russe des finances et de l’énergie, Alexeï Gromov, l’Europe restera dépendante pour son hydrogène jusqu’à au moins 2040. Il semble par ailleurs que les russes ne souhaitent particulièrement que leur méthane soit transformé hors de leurs frontières.

En effet, une filière de l’hydrogène consolidé offrirait au pays une reconversion de ses gazoducs si l’Europe venait à se détourner totalement du gaz. Les gazoducs du pays pourraient, selon des membres de Gazprom, transporter jusqu’à 70% (voire 90% ?) d’hydrogène. La Russie pense également que la dépendance de l’Europe à son hydrogène éteindra les contestations entourant la construction du gazoduc Nord Stream 2.

 

Mais alors, compétition ou coopération ?

La rivalité des deux pays qui s’annonce sur le marché de l’hydrogène ne doit pas faire oublier qu’ils sont aussi de grands partenaires commerciaux. Rappelons que la chancelière allemande Angela Merkel reste l’un des plus fort soutien au projet Nord Stream 2, et ce, malgré l’affaire Navalny. Il faut dire que le pays est le premier importateur de gaz russe. Réciproquement, la Russie a besoin de son client pour développer son industrie de l’hydrogène.

Enfin, on se rappelle que Gerhard Schröder, ancien chancelier, était lié au groupe gazier Gazprom avant d’intégrer en 2017 le conseil d’administration de Rosneft. Si l’on est loin d’une telle connivence pour l’hydrogène, les deux pays coopèrent déjà étroitement. Ainsi, Gazprom travaille déjà avec des entreprises allemandes sur un moyen de produire de l’hydrogène avec du gaz naturel sans émettre de CO2.