«Hydrogène Allemagne, France» Discorde sur le Nucléaire

par | 19 Mar 2021 | Diplomatie Énergétique, Énergie Hydrogène

Hydrogène Allemagne, France, les deux pays partagent une ambition commune en matière de développement d’hydrogène vert.  En ce sens, Paris et Berlin ont ainsi créé…

Hydrogène Allemagne, France, les deux pays partagent une ambition commune en matière de développement d’hydrogène vert.  En ce sens, Paris et Berlin ont ainsi créé un partenariat commun en vue de renforcer le leadership européen en la matière. Pourtant, les deux pays se trouvent dans l’incapacité de s’entendre sur la place du nucléaire pour réaliser cette ambition.


 

Hydrogène Allemagne, France : une ambition européenne commune

Un vecteur d’énergie stratégique pour les deux pays

L’hydrogène vert constitue une nouvelle forme d’hydrogène issue des méthodes d’électrolyse de l’eau au moyen d’électricité non carbonée. Cet hydrogène pourrait jouer un rôle fondamental dans la décarbonation de certains secteurs clés comme l’aviation ou la sidérurgie. Aujourd’hui, il s’agit de la seule technologie capable de réduire drastiquement les émissions dans ces secteurs aux coûts d’abattements élevés.

Ce diagnostic est partagé à Paris et à Berlin pour qui l’hydrogène vert représente une opportunité stratégique à long-terme. Les deux pays ont ainsi annoncé presque simultanément un plan national afin de stimuler la production d’hydrogène par électrolyse. La France a décidé de consacrer 7 milliards d’euros à cet objectif tandis que l’Allemagne souhaite dépenser 9 milliards.

La création d’un partenariat commun

Cette convergence de vue entre les deux pays a entraîné la mise en place d’un partenariat commun en matière d’hydrogène. Lancé en 2020, celui-ci vise à créer des économies d’échelle au niveau européen afin de pouvoir concurrencer la Chine. Berlin souhaite en effet éviter une répétition de l’effondrement du solaire allemand balayé par les firmes chinoises au début 2010.

Afin de réaliser ces économies d’échelle et ainsi de rester compétitifs, les deux pays ont décidé de créer une gigafactory. Celle-ci sera d’après Bruno Le Maire la plus importante usine de production d’hydrogène par électrolyse au monde. Pour l’instant, on ne sait que peu de choses sur ce projet excepté qu’il s’inspire du modèle des gigafactories dans les batteries.

 

Le nucléaire pour l’hydrogène vert français

L’avantage compétitif de la France

Afin de produire de l’hydrogène bas-carbone, Paris mise sur l’énergie nucléaire comme source d’électricité non émettrice en CO2. Pour le gouvernement français, le nucléaire présente en effet des avantages considérables en matière d’hydrogène. Premièrement, l’hydrogène pourrait représenter une aubaine pour la filière au moment où son poids devrait baisser dans le mix électrique.

En outre, le nucléaire permet à Paris de ne pas dépendre des importations contrairement à l’Allemagne. Mais surtout, l’énergie nucléaire produit de l’électricité en continu lui donnant un avantage compétitif sur les énergies renouvelables intermittentes. Cet avantage se traduit notamment par une utilisation constante des électrolyseurs et une baisse de leurs coûts de maintenance.

La faiblesse des EnR en France

À cela s’ajoute la difficulté qu’a Paris d’augmenter substantiellement sa production domestique d’énergies renouvelables (EnR). Dans l’éolien, les installations onshore se voient limitées par leur faible acceptabilité sociale auprès des populations. En offshore, le potentiel reste encore limité au Nord-Ouest du pays. Enfin, la capacité solaire ne peut à elle seule assurer l’approvisionnement nécessaire aux électrolyseurs très gourmands en énergie.

C’est pourquoi le nucléaire ne peut être exclu de la production d’hydrogène en France. Rappelons que le plan français prévoit de substituer par l’hydrogène 20% de la consommation finale d’énergie d’ici 2050. Cela correspondrait à un doublement de la production d’électricité sur le territoire national. Dans ces conditions, il semble impossible pour les seuls EnR d’assurer une telle augmentation de la génération d’électricité.

 

Le désaccord franco-allemand sur l’hydrogène bas-carbone

L’opposition allemande sur le nucléaire

Dans le cadre du partenariat franco-allemand, Paris pousse donc à intégrer le nucléaire dans la production d’hydrogène bas-carbone. Or, Berlin s’oppose fermement à tout usage du nucléaire et mise entièrement sur les EnR comme source d’électricité. Pour l’Allemagne, le nucléaire ne peut être considéré comme une option crédible étant donné son caractère non renouvelable.

Les déchets nucléaires sont notamment montrés du doigt par les autorités allemandes qui fermeront leurs dernières centrales en 2022. Ce refus est d’autant plus fort que les écologistes bénéficient d’un poids politique considérable en Allemagne. Rappelons que le pays se trouve en pleine année électorale avec le départ d’Angela Merkel en octobre prochain.

Un combat au niveau européen notamment sur la taxonomie

Ce désaccord profond entre les deux pays possède des répercussions importantes au niveau européen. Ainsi, la question du nucléaire a considérablement ralenti le travail de taxonomie des investissements verts réalisé par la Commission Européenne (CE). Ce travail vise à définir les critères d’un projet de développement durable afin de mieux cibler les subventions.

De fait, si le nucléaire se retrouve exclu de cette taxonomie, il ne pourra pas bénéficier des subventions européennes. Autant dire qu’il s’agira d’un coup mortel adressé à l’usage du nucléaire dans la production d’hydrogène. La taxonomie européenne devrait être présentée dans les prochaines semaines par la CE.

Cette décision aura dès lors des conséquences considérables sur le plan hydrogène en France. Si le nucléaire se voyait exclu, il est clair que ce plan ne pourrait pas atteindre ses objectifs. À l’inverse, si la CE décide d’inclure le nucléaire, alors Paris posséderait un avantage compétitif majeur sur son voisin allemand. Ce débat montre ainsi l’extrême division qui règne au sein du couple franco-allemand sur cette question de l’hydrogène bas-carbone.