Vous lisez actuellement
Fukushima: 10 ans après, quel Avenir pour le Nucléaire?

Fukushima: 10 ans après, quel Avenir pour le Nucléaire?

  • Fukushima, 10 ans après la catastrophe nucléaire, l'opinion publique japonaise est toujours majoritairement contre le recours à l'énergie atomique. Pourtant, les gouvernements successifs alertent sur l'incapacité des EnR à couvrir les besoins énergétiques du pays.
  • Mais pour le nucléaire comme pour les EnR, la situation sismique du pays impose des mesures de sécurité particulières. En ce sens, des entreprises comme EDF développent des outils, notamment dans le cadre du projet METIS, pour contenir et prévenir l'effet des séismes sur l'activité atomique du Japon. Le développement des réacteurs numériques permet aussi d'améliorer la sécurité d'utilisation d'une énergie peu carbonnée et non intermittente.
Fukushima

À Fukushima et dans tout le Japon, le 11 mars à 11h46, le pays s’est arrêté en hommage aux 22.000 victimes des évènements de 2011. 10 ans après le tsunami et la catastrophe nucléaire, le pays se débat encore avec les conséquences de ses événements qui auront, en plus de vies humaines, coûté des centaines de milliards de dollars.


Dès lors, le pays a voulu se débarrasser définitivement du nucléaire. Or, le gouvernement actuel se rend bien compte que le Japon ne pourra pas décarboniser son économie sans l’énergie atomique. Face à une population toujours hostile au redémarrage des réacteurs d’un coté et à l’urgence climatique de l’autre, l’Etat japonais est pris dans un dilemme.

C’est, de manière plus global, toute la filière nucléaire qui, depuis la catastrophe de Fukushima, doit donner des gages de sécurité et de contrôle de ses installations. Des entreprises comme EDF sont également engagées dans la poursuite de cette objectif.

 

Fukushima, le Japon se rappelle

11 mars 2011, jour de la catastrophe nucléaire de Fukushima

Le 11 mars 2011, la côte nord-est du Japon est frappée par un tsunami provoqué par un tremblement de terre de magnitude 9. Les vagues de plus de 15 mètres tuent près de 20.000 personnes et inondent la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Les systèmes de refroidissement s’enrayent et ne parviennent pas à prévenir la fusion des cœurs entraînant l’explosion des réacteurs de la centrale.

Plus de 160.000 habitants fuient alors que les radiations se répandant dans l’air et l’eau. Ces déplacements dans la confusion font 2000 nouvelles victimes. Le Premier ministre japonais de l’époque, Naoto Kan, craint même de devoir évacuer les 14 millions d’habitants de Tokyo.

Le Japon marqué pour le reste de l’histoire

Le gouvernement japonais devra dépensé 300 milliards USD$ pour reconstruire la région de Tohoku dévastée par le tsunami. La zone contaminée autour de la centrale de Fukushima reste interdite à cause des risques concernant les niveaux de rayonnement. Le démantèlement de la centrale pose encore beaucoup de questions et devrait durer des décennies.

Depuis l’accident de Fukushima, les réacteurs nucléaires sont refroidis avec une eau qui ressort chargée de composants radioactifs. Les eaux contaminées sont ensuite stockées sur le site par la compagnie d’électricité tokyioïte Tepco et ses partenaires comme Orano. Avec déjà plus d’un millions de tonnes d’eau radioactive stockées, l’ensemble des réservoirs devrait arriver à saturation vers 2022.

« Fukushima est marqué pour le reste de l’histoire de l’énergie nucléaire », selon Kiyoshi Kurokawa, responsable de l’enquête sur l’accident nucléaire de Fukushima.

En conséquence de l’accident, l’opinion publique rejette massivement cette source énergétique. Les décideurs sont alors confrontés à un dilemme majeur.

 

 

Hiroshima, Nagasaki, Daigo Fukuryu, puis Fukushima

Il est cependant peu probable que l’opinion de la population change par le fait de conclusions positives de l’ONU. Les scientifiques sollicités par les autorités politiques souffrent d’un déficit de confiance auprès de la population sur le dossier du nucléaire. Cela est dû à la douloureuse relation que le pays entretien avec l’atome et aux mensonges que l’on a trop souvent professés aux japonais.

Évoquons d’abord les bombardements de Hiroshima et Nagasaki et les batteries de test que les scientifiques américains ont menées sur les survivants. Pensons ensuite à la contamination du thonier Daigo Fukuryu par des retombées radioactives lors d’un essai nucléaire en 1954. Le déni des autorités américaines et japonaises sur la condamnation des pêcheurs et des poissons, durant des décennies, a profondément marqué l’opinion nippone.

 

Abandonnons le nucléaire, mais quelles alternatives ?

Promouvoir les énergies renouvelables ?

Le tsunami et les dégâts durables engendrés par l’explosion des centrales de Fukushima Daiichi ont choqué l’opinion japonaise. L’incident convainc le gouvernement d’alors que les risques de l’énergie nucléaire dépassaient de loin ses avantages. Immédiatement après la catastrophe, le Japon arrête ses 54 réacteurs, dont environ un tiers ont été définitivement mis au rebut.

Le pays décide de se détourner du nucléaire au profit des EnR, et la préfecture de Fukushima devient un lieu d’expérimentation pour la transition énergétique. Le gouvernement s’associe aux communautés locales et aux entreprises pour reconstruire une préfecture de Fukushima tournée vers les EnR. En 2012, la préfecture se fixe comme objectif de produire 100% de son électricité à partir d’EnR en 2040. En 2019, ces dernières représentent déjà 35% de son mix énergétique.

100% d’EnR, une utopie

Malgré les efforts déployés, il semble peu probable que les EnR puissent remplacer le nucléaire dans l’approvisionnement énergétique du pays. En effet, le Japon manque de terres plates pour les panneaux solaires et les océans profonds qui augmentent le coût de l’éolien offshore. Selon le ministre de l’Économie, M. Kajiyama, le Japon pourra difficilement couvrir plus de 60% des besoins à partir d’EnR.

Au premier semestre 2020, les EnR fournissent 23% de l’électricité du pays. Le Japon est donc loin derrière l’autre puissance économique s’étant débarrassée du nucléaire, l’Allemagne. Le mix énergétique de ce dernier est composé à 46% d’EnR. Le reste provient de l’électricité consommé par le pays essentiellement d’énergies fossiles, et en particulier du charbon.

 

 

10 ans plus tard, l’heure du retour du nucléaire ?

70% du mix énergétique issu des combustibles fossiles

Le premier ministre conservateur, Yoshihide Suga, a promis aux japonais la neutralité carbone d’ici 2050. Or les 70% de combustibles fossiles du mix énergétique du pays, pour l’essentiel importés, font de cet objectif une utopie. Pour M. Suga, comme pour son prédécesseur Shinzo Abe, la transition énergétique du Japon passe donc par le retour du nucléaire.

Le programme nucléaire japonais redémarre donc doucement, avec par exemple la remise en service prochaine des réacteurs Takahama. Malgré leur plus de 40 ans, l’autorité de régulation a permis la prolongation de leur durée d’utilisation de 20 ans. En novembre dernier, le conseil municipal de la ville de Takahama avait également autorisé leur remise en service.

Mais les délais que le Japon s’est fixé pour atteindre ses objectifs de décarbonisation semblent déjà trop court pour être atteints. Rien que pour réduire ses émissions de 26% d’ici 2030, le Japon devrait redémarrer tous ses réacteurs, puis en construire d’autres. Sans cela, le Japon n’en aura que 18 en 2050, même en prolongeant la durée de vie de ceux existants.

53% des japonais sont opposés au redémarrage des réacteurs

La question qui se pose aussi au gouvernement est de savoir si la société japonaise acceptera le retour à une exploitation généralisée du nucléaire. De nombreuses autorités locales hésitent à passer les approbations pour la remise en fonctionnement de réacteurs. Les tribunaux ont également soutenu des demandes de fermeture temporaire de certains réacteurs en fonctionnement.

Il faut dire que si les manifestations de masse contre le nucléaire observées après le 11 mars se sont estompées, la méfiance persiste. Une enquête de Asahi révèle en février que 53% des japonais sont opposés au redémarrage des réacteurs, contre 32% en faveur. À Fukushima, seulement 16% ont soutenu le redémarrage des unités.

Au niveau politique, le camp de l’opposition est également vent debout contre le retour du nucléaire. Les critiques pointent le coût, l’insécurité et les problèmes de stockage des déchets nucléaires comme autant de facteurs rédhibitoires.

« Ceux qui parlent de l’énergie atomique sont des gens du ” village nucléaire “, qui veulent protéger leurs intérêts », déclarait la semaine dernière l’ancien Premier Ministre Naoto Kan.

Découvrir
EDF

 

 

L’ONU affirme que l’impact des radiations est minime

Le dernier rapport de l’UNSCEAR affirme pourtant que la fusion des réacteurs n’a pas nuit à la santé de la population locale. D’après l’organisation onusienne, il n’y aurait aucune preuve crédible d’anomalies congénitales excessives ou d’accouchements prématurés liés aux rejets radioactifs. Ils démentent le lien entre l’accident et la hausse des cancers de la thyroïde chez les enfants exposés, qu’ils attribuent au mode de dépistage utilisé.

L’UNSCEAR a également évalué les informations sur les transferts de matières radioactives rejetées dans les milieux terrestre, d’eau douce et marin. Il considère ainsi que l’impacts régionale sur la faune et la flore restait faible. Son rapport précise néanmoins que des effets néfastes sur certaines espèces ont été observés dans des zones de rayonnement accrus.

 

EDF, expert en sûreté nucléaire

L’énergie nucléaire produit 10% de l’électricité mondiale, contre 18% au milieu des années 90. La construction de nouvelles centrales est loin derrière le rythme des fermetures, selon l’IEA.

Pour rebondir, la filière, qui reste une des seules options pour atteindre les objectifs climatiques globaux, veut montrer des gages de sûreté. Le secteur français de l’énergie nucléaire est particulièrement dynamique dans le domaine. En attestent les nombreux projets pilotés par EDF.

METIS, le consortium qui veut canaliser les connaissances sur les risques séismiques

Le groupe EDF pilote le projet METIS qui veut consolider les connaissances scientifiques sur le risque sismique des centrales. Le projet est mis en œuvre par un consortium international composé de 13 partenaires européens et 3 organisations américaines et japonaises. Doté d’un budget 5 millions EUR€, il vise à améliorer et standardiser les évaluations de la sûreté sismique des centrales.

Le résultats du groupe permettront une meilleur appréhension des risques dans le contexte européen. METIS contribuera alors à optimiser l’utilisation des réacteurs existants et futurs. Egalement, de contribuer à la compétitivité de l’industrie nucléaire. Ce projet est également dédié au développement, à l’amélioration et à l’utilisation d’outils open source modernes et performants.

Le réacteur numérique , vers des centrales nucléaires augmentées

EDF pilote également une association de huit organisation qui concentre les compétences pour développer le réacteur numérique.

Le réacteur numérique est selon, Benoît Levesque, du service R&D d’EDF, une « réplique numérique et fonctionnelle d’une centrale nucléaire ».

Il permettra aux opérateurs de s’entrainer en réalité virtuelle à effectuer les tâches de maintenance ou d’exploitation d’un réacteur nucléaire. Les ingénieurs pourront en même temps étudier le comportement et l’environnement de ce même réacteur nucléaire.

En somme, étudier les anticipations virtuelles des comportements d’un réacteur permettra de préparer le contingent humain de la production nucléaire à un maximum d’éventualités. C’est une avancé essentielle pour la sécurisation des activités nucléaires.
En effet, pour Kiyoshi Kurokawa, responsable de l’enquête sur l’accident nucléaire de Fukushima, la catastrophe était « d’origine profondément humaine ».

Tous droits réservés - VERVANT ® - Energynews.fr 2021