EPR de Taishan: Dissension sur la Sécurité Nucléaire

par | 29 Juin 2021 | Diplomatie Énergétique, Énergie Nucléaire

L’EPR de Taishan en Chine se retrouve sous les feux des projecteurs suite aux accusations de négligence de la chaîne américaine CNN.
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L’EPR de Taishan se retrouve sous les feux des projecteurs suite aux accusations de négligence de CNN. Ce scandale relance les critiques du nucléaire civil, d’autant plus virulentes que les autres projets d’EPR accumulent retards et surcoûts.


 

L’EPR de Taishan sous le feu des Américains

Le 14 juin 2021, le média américain CNN accuse la Chine de dissimuler une fuite survenue dans la centrale nucléaire de Taishan. La chaîne appuie ses accusations sur une lettre envoyée par Framatome au département de l’Énergie américain le 8 juin 2021.

Framatome aurait demandé une assistance technique aux États-Unis, pour faire face à « une menace radiologique imminente ». CNN accuse également les autorités chinoises d’avoir rehaussé les limites acceptables de radiation à l’extérieur du site.

La centrale de Taishan, au sud de la Chine, est constituée de deux réacteurs EPR, d’une capacité de 1750 MW chacun. Elle fut conçue par Framatome, une filiale du groupe EDF, et est exploitée par China General Nuclear Power Group (CGN). Ce sont les deux réacteurs nucléaires civils les plus puissants au monde.

 

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Crayon de combustible (pastille de dioxyde d’uranium) nucléaire (Source : edf.fr)

 

Un incident ni rare ni isolé

L’annonce de CNN fait en réalité référence à un problème technique survenu dans le circuit primaire du réacteur 1 de la centrale. Suite à la dégradation de la gaine de quelques crayons (tubes de quatre mètres qui renferment les pastilles de dioxyde d’uranium empilées), des gaz rares se seraient propagés dans le circuit primaire. Mais selon EDF, l’incident n’est pas un phénomène rare, ni isolé.

En réalité, le circuit est conçu afin que les gaz puissent être collectés et traités. L’entreprise refuse donc de parler de contamination, mais plutôt de rejets maîtrisés.

Par ailleurs, EDF était déjà au courant de la présence de gaz rares dans le circuit primaire depuis octobre 2020. L’alerte aurait fait suite à une hausse de la concentration des gaz, mais la situation était maîtrisée selon l’entreprise.

 

Des différences protocolaires entre la France et la Chine

En outre, EDF l’affirme : les taux relevés par les indicateurs environnementaux sont inférieurs aux seuils validés par l’autorité de sûreté chinoise. Bien que ces seuils soient plus élevés que ceux français, ils restent dans la moyenne internationale.

Mais surtout, les médias critiquent fortement le refus de CGN d’arrêter la centrale afin d’évaluer la situation. Des différences protocolaires entre la Chine et la France sont donc à l’origine de l’indignation qui a nourri l’affaire. Il n’y a cependant pas de preuve que cette décision fut néfaste à un fonctionnement sécuritaire de la centrale.

 

Une affaire qui relance les critiques anti-nucléaires

L’annonce de CNN a déferlé une houle de critiques sur le nucléaire civil de la part des politiciens et des universitaires. Les plus virulents dénoncent l’EPR comme une « catastrophe pour la sécurité et la démocratie ». Nombreux appellent à l’arrêt des projets.

Pour sa part, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, déclare refuser de laisser l’affaire influencer sa position. En effet, bien qu’opposée au développement de l’EPR en France, elle conseille de ne pas prendre de décision réactionnaire. La ministre plaide plutôt pour une réflexion concrète et sérieuse sur la question, détachée des événements survenus.

Malgré tout, l’affaire tombe mal pour EDF. En effet, la société espère développer six EPR additionnels en France et de nombreux autres à l’international. Les retards amassés par les projets en cours comme celui de Flamanville, cumulés à ce scandale, risquent de reporter ces discussions au prochain quinquennat.

 

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L’EPR de Flamanville en construction en Normandie depuis 2007 (Source : transitionenergetique.com)

 

Taishan 1 et 2 ou les seuls EPR du monde

Le réacteur pressurisé européen (EPR) est un réacteur à eau pressurisée de 3e génération, capable de déployer une puissance de 1600 MW. Technologie franco-allemande, elle se veut plus sécurisée, plus performante et plus rentable. L’EPR est à ce jour la technique de fission nucléaire la plus puissante et son développement international est en expansion.

À ce jour, seuls deux réacteurs EPR sont en service : Taishan-1 (2018) et Taishan-2 (2019). La Chine est donc l’unique représentante de la technologie. Quatre autres projets sont également en construction : un en Finlande et en France, et deux au Royaume-Uni. Cependant, ces projets accumulent les retards et les surcoûts (+15 milliards d’euros pour la France). Leur mise en service, prévue pour certains depuis 2012, se fait toujours attendre.

 

La rivalité sino-américaine au cœur de l’incident

Bien que l’incident fasse scandale, il est anodin. Un tel phénomène s’observe régulièrement dans les centrales françaises alors même que les règles de sécurité sont plus strictes qu’en Chine. Pourtant, seuls EPR en activité, le scandale de Taishan conteste la crédibilité de cette technologie.

Enfin, la gestion du scandale par les médias américains interroge. Alors que les rivalités sino-américaines sont au plus fort, l’affaire relance les craintes liées au développement du nucléaire chinois.