Énergie Solaire en Chine: les Forçats du Xinjiang

par | 2 Mar 2021 | Diplomatie Énergétique

Le commerce de l’énergie solaire en Chine devrait être impacté. En ce sens, suite à ce rapport, les autorités américaines et de l’Union Européenne (UE)…

Énergie Solaire en Chine

Le commerce de l’énergie solaire en Chine devrait être impacté. En ce sens, suite à ce rapport, les autorités américaines et de l’Union Européenne (UE) se sont engagées à empêcher l’entrée de produits issus du travail forcé sur leurs territoires. L’impact pourrait être important sur le marché des panneaux solaires dont la production pourrait, à terme, être rapatriée en Occident.


 

L’énergie solaire en Chine : soupçons de travailleurs forcés

Sur la production d’énergie solaire en Chine, le rapport d’Horizon Advisory affirme que des travailleurs pauvres auraient été déplacés de force dans le Xinjiang afin de travailler à la production du polysilicium. Ce minerai de silicium est un composant clé des cellules de la plupart des panneaux solaires. 95% d’entre eux les utilisent et 45% de sa production mondiale est issue du Xinjiang.

 

JinkoSolar, LONGi et Daqo New Energy seraient impliqués

Des multinationales chinoises participant au développement du solaire en Occident sont cités dans le rapport. Ainsi JinkoSolar, LONGi et Daqo New Energy sont présentés comme entretenant des liens étroits avec le Corps de production et de construction du Xinjiang (XPCC). Cette organisation gouvernementale, déjà sous sanctions américaines, est connue pour organiser la répression des populations ouïghours.

Le XPCC fournirait également aux entreprises du solaire des subventions et des travailleurs provenant de « camps de formation ». Ce terme est étant utilisé par les autorités chinoises pour parler des camps de rééducation politique des dissidents ouïghours. 1,3 million de ouïghours, principalement originaire du Xinjiang, passeraient chaque année dans ces camps.

 

Le « mensonge du siècle »

Le ministère des Affaires étrangères chinois dément fermement toutes allégations de travail forcé. JinkoSolar et Daqo ont également rapidement nié avoir recours à ce genre de pratiques. L’Association chinoise de l’industrie photovoltaïque a, elle, qualifié les accusations américaines sur les violations des droits de l’Homme au Xinjiang de « mensonge du siècle ».

 

Condamnation unanime des entreprises occidentales

« Le travail forcé n’a pas sa place dans l’industrie solaire » déclare la Solar Energy Industries Association (SEIA) .

La SEIA, qui représente les entreprises américaines dans le solaire, dit prendre le rapport très au sérieux. Dans une déclaration du 8 janvier 2021, elle réaffirme son opposition aux violations des droits de l’Homme. Par la même, encourage les entreprises à déplacer leurs chaînes d’approvisionnement hors du Xinjiang. Une déclaration commune de l’organisation a été signée par 175 de ses membres, dont les filiales américaines de JinkoSolar et LONGi.

 

Les entreprises européennes encouragées à définir des protocoles de production

« Nous ne pouvons accepter que de telles pratiques aient lieu dans le secteur solaire » déclare Walburga Hemetsberger, PDG de SolarPower Europe.

SolarPower Europe représente les entreprises européennes du secteur de l’énergie solaire. Il a annoncé qu’il enquêtait sur la situation au Xinjiang. Il a affirmé envisager différentes options pour s’assurer qu’aucun travail forcé ne soit utilisé pour la fabrication des panneaux solaires. L’organisation recommande notamment la définition de protocoles de transparence et de traçabilité avec les acteurs chinois.

 

Une réaction en demi-teintes des organisations occidentales

Les États-Unis ont déjà réagi à la situation dans le Xinjiang. Le gouvernement américain a ainsi émis des ordonnances interdisant les importations de coton et de tomate de la région. De manière générale, la loi américaine permet aux douanes de refuser une marchandise fruit du travail forcé. En revanche, il est nécessaire d’en apporter la preuve.

Mais aujourd’hui, le Congrès américain veut une nouvelle loi reversant la charge de cette preuve. En somme, seules les marchandises issues du Xinjiang pour lesquelles il sera démontré qu’aucun travail forcé n’a été utilisé pourront entrer aux États-Unis.

406 voix pour et 3 contre à la Chambre des représentants pour ce Uyghur Forced Labor Prevention Act. Compte tenu du consensus entres démocrates et républicains, le texte devrait être adopté par le Sénat et entrée en vigueur dans les mois à venir. Les États-Unis exhorte alors l’Europe de leur emboîter le pas et à interdire les importations de produits du Xinjiang.

 

Réaction plus ambiguë de l’Union Européenne : responsabiliser l’acheteur

« La pression s’accumule sur la Commission et les États membres », remarque le président de la Chambre de commerce de l’UE en Chine, Joerg Wuttke.

Ce dernier s’attend à ce que l’Europe intensifie, elle aussi, son contrôle sur les produits du Xinjiang. Pour autant, l’UE, qui a signé un Accord global sur les investissements avec la Chine en décembre dernier, a une position plus ambiguë que les États-Unis.

La Commission Européenne (CE) planche sur une nouvelle réglementation prévoyant le contrôle des marchandises chinoise. Celle-ci serait fondée sur le devoir de diligence des entreprises européennes. Le texte rendrait ces dernières responsables lorsque leurs fournisseurs enfreindraient les traités internationaux sur le droit du travail signés par la Chine.

Mais les défenseurs des droits de l’Homme et les entreprises doutent de la pertinence de cette mesure. Ils pointent la facilité avec laquelle l’origine du polysilicium peut être cachée. Des dilutions de la production du Xinjiang dans la production d’autres régions sont déjà avérée.

De nombreux eurodéputés souhaitent donc que la CE aille plus loin, compte tenu de la gravité de la situation au Xinjiang. La Commission des affaires juridiques du Parlement a ainsi demandé à la CE de proposer un règlement analogue au projet de loi américain.

Pour le Bundestag allemand, les traitements chinois sur les ouïghours de génocide sont même qualifié d’actes génocidaires.

 

Quelles conséquences pour le développement de l’énergie solaire en Occident ?

La croissance du solaire a été spectaculaire ces dernières années. Elle est liée, entre autres, à la chute du coût des panneaux solaires ainsi qu’à des politiques publiques encourageantes. Mais le travail forcé, s’il est avéré, risques d’avoirs des conséquences importantes sur le secteur.

 

Concentration de la fabrication des panneaux solaires en Chine

Le Uyghur Forced Labor Prevention Act américain vise les produits fabriqués au Xinjiang, même en partie.

« Presque tous les modules solaires à base de silicium sont susceptibles de contenir du silicium du Xinjiang. » fait remarquer Jenny Chase, analyste solaire chez Bloomberg.

Arriver à prouver de manière vérifiable qu’un panneau solaire n’est pas lié au travail forcé au Xinjiang serait donc quasi-impossible.

 

Sanctionner la Chine : ralentir l’expansion du solaire en Occident

La production chinoise de panneaux solaires représente 70% de la production mondiale. Sans compter les exportations de sous-modules vendus aux fabricants étrangers. Un embargo quasi-total de ces produits pourrait donc bien ralentir les plans d’expansion du solaire aux États-Unis. Même constat en Europe si l’UE venait à sanctionner plus durement la Chine.

Enfin, le prix du polysilicium. Celui-ci pourrait en effet augmenter rapidement si les européens et les américains se détournaient en même temps de la production du Xinjiang.

 

« Tout le monde sait ce qui se passe en Chine »

« Tout le monde sait ce qui se passe en Chine. Lorsque des infrastructures y sont installées, vous devez accepter qu’il y a de fortes chances que le travail forcé soit utilisé. », rappelle Milan Nitzschke, président du lobby du solaire européen EU ProSun.

De nombreux acteurs voient là une occasion de promouvoir le retour de la production européenne des panneaux solaires. Cette production ne s’est déplacée vers la Chine il y a une quinzaine d’années seulement.

En ce sens, le polysilicium est déjà produit sur plusieurs sites en Allemagne. De nombreux entrepreneurs se disent prêts à rétablir une chaîne de production en Europe. L’association SolarPower Europe demande pour cela à l’UE de définir une stratégie européenne afin de soutenir efficacement la production locale de panneaux solaires.

En somme, l’occident envisage de couper ses liens avec la production chinoise, notamment de polysilicium. Les américains utiliseront surement cette situation délicate pour la Chine a leur avantage diplomatique. L’Europe reste, elle, plus prudente, plus dépendante de la production de biens chinoise.

En réalité, la situation de cette minorité ethnique n’évoluera que lorsque la dépendance à la production chinoise se réduira. En attendant, l’Empire du Milieu détient, entre ses mains, une partie de la consommation des ménages européens. Ne serait-ce même que la production de certains biens de grande nécessité (médicaments par exemple).