Empreinte Carbone: Plus de Transparence des Pétroliers?

par | 1 Mar 2021 | Énergies Fossiles, Politique Énergétique, Stratégie entreprise

  L’empreinte carbone des particuliers et des entreprises est une préoccupation globale. Pour autant, elle est difficilement quantifiable. Les sociétés pétrolières ont joué sur le…
empreinte carbone

 

L’empreinte carbone des particuliers et des entreprises est une préoccupation globale. Pour autant, elle est difficilement quantifiable. Les sociétés pétrolières ont joué sur le concept en aidant à la mise en place de calculateurs d’empreinte tels que VYVE. Mais les groupes environnementaux dénoncent l’intérêt de ces entreprises à blâmer les particuliers. Non seulement ils leur demandent une plus grande implication dans la transition énergétique. Mais ils attendent aussi plus de transparence sur leur production de carbone.


 

Empreinte carbone ou propagande environnementale ?

 

Un concept détourné pour responsabiliser les particuliers ?

Le terme « empreinte carbone » a été inventé en 1992 par William Rees, professeur d’écologie à l’Université de la Colombie-Britannique. Depuis sa création, il semble coincé entre responsabilités des particuliers et devoirs des entreprises et gouvernements. Il est aujourd’hui significatif des enjeux liés au réchauffement climatique.

Effectivement, en 2000, BP a lancé une campagne publicitaire intitulée « Beyond Petroleum » sur ce concept. Quatre ans plus tard, BP a dévoilé son premier calculateur d’empreinte carbone. L’objectif était de faire de BP une entreprise soucieuse et respectueuse de l’environnement. En ce sens, elle a récemment exprimé sa volonté d’associer ses employés à ses objectifs énergétiques et écologiques.

Dans un article publié sur le site d’information Mashable, certains experts en communication ont dénoncé l’expression « empreinte carbone ». Selon eux, cette dernière est une forme de « propagande » sur les combustibles fossiles. L’accent mis sur la responsabilité personnelle déplace les enjeux du changement climatique des gouvernements et entreprises vers les particuliers.

 

La pandémie de Covid-19, révélatrice de l’impact « négligeable » des particuliers

La pandémie de Covid-19 a permise de prouver le caractère minime de l’impact environnemental des particuliers.

Effectivement, de nombreuses frontières internationales ont été fermées et les populations ont été confinées. Les habitudes de consommation ainsi que le secteur des transports en particulier ont donc naturellement été impacté. Le Global Carbon Project estime notamment que le confinement a réduit de 7,5% les émissions mondiales du secteur des transports.

En revanche, analyse publiée dans la revue Nature Climate Change en août 2020 a qualifié l’effet global de « négligeable ». Il y a bien eu une baisse marquée des émissions mondiales de CO2 (plus de 25%) et d’oxydes d’azote (NOx) de 30 % en avril 2020. Mais les chercheurs ont constaté que cela impactera le réchauffement climatique mondial de seulement 0,01C° d’ici 2030.

 

Production de carbone : impact et initiative du secteur pétrolier

 

2050 comme horizon indépassable ?

Si le concept d’« empreinte carbone » tend à peser sur les particuliers, de nombreuses grandes sociétés s’engagent à réduire leurs émissions. Il se positionne de plus en plus comme faisant partie de la solution.

Ainsi, Shell par exemple prévoit d’atteindre le net zéro d’ici 2050. Exxon s’est, elle, d’abord engagée à divulguer les chiffres de ses émissions. La compagnie s’est ensuite fixée des objectifs à court terme pour réduire les émissions, le méthane et le torchage de gaz. Entre également, Total s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050, et pour cela, de développer plus de 100 GW de puissance en énergie renouvelable d’ici 2030.

 

Occidental Petrolum projette un « pétrole neutre en carbone »

Certains experts espèrent utiliser de nouvelles technologies pour réduire les émissions de carbone de grandes exploitations. Ils parlent notamment de séquestrer le CO2, de le capturer. C’est ce qu’Occidental Petroleum projette de faire avec une énorme installation dans l’ouest du Texas.

Le but est d’aspirer le dioxyde de carbone de l’air puis de le pomper sous terre. Le carbone servirait ensuite à desserrer le pétrole qui pourrait autrement être trop difficile à atteindre.

Ce processus est appelé « récupération assistée du pétrole ». Il a été nommé ainsi par Nuñez-López, chercheuse au Gulf Coast Carbon Center de l’Université du Texas.

Pour les environnementalistes, cette solution prolongerait seulement l’utilisation des combustibles fossiles. Nuñez-López et d’autres experts répondent en expliquant que l’économie à besoin, encore quelque temps, de ces combustibles. L’objectif à court terme est donc de réduire leur impact climatique.

Par ailleurs, d’autres acteurs moins institutionnels cherchent aussi à investir dans des techniques de réduction, tout du moins d’exploitation, des émissions carboniques. C’est ce que propose entre autre Elon Musk promettant 100 millions USD$ à quiconque trouverai selon lui la meilleure technique de capture du carbone.

 

Vers une plus grande transparence du secteur pétrolier ?

 

BlackRock met la pression aux entreprises pétrolières

BlackRock, le plus grand investisseur mondial, a déclaré que les sociétés pétrolières et d’autres industries polluantes devraient divulguer leurs émissions de carbone. Tout en se fixant également des objectifs rigoureux à court, moyen et long terme, pour les réduire.

Les investisseurs soulignent depuis longtemps la nécessité d’améliorer les données ESG pour accroître les stratégies de placement durable. Aujourd’hui, plus de 85 % des entreprises du S&P 500 divulguent des données ESG. Les divulgations du Sustainability Accounting Standards Board (SASB) ont augmenté de 288% depuis janvier 2020.

En se positionnant ainsi, BlackBlock souhaite cibler des émissions nettes de carbone zéro dans son portefeuille d’ici 2050. Il envisage également de se dessaisir des pollueurs qui n’ont pas agi.

Le groupe a souligné que l’initiative d’objectifs scientifiques soutenue par les Nations Unies est le meilleur exemple d’un programme de réduction des émissions vérifiées et fiables. Des objectifs sont fixés pour aligner les entreprises sur les objectifs de l’accord de Paris de 2015.

 

BP soutient le développement du calculateur d’empreinte carbone VYVE

Selon Mme Capper, fondatrice de VYVE, les gouvernements, les entreprises et les particuliers doivent tous agir. Coupler avec des promesses de réduction des émissions de carbone, VYVE souhaite être considéré comme faisant partie d’un effort global sérieux.

Les compensations carbone joueront un rôle en aidant les entreprises et les utilisateurs de VYVE à atteindre des émissions nettes nulles. L’application aiderait les gens à le faire au moyen de « projets de compensation de référence ».

Cette nouvelle application de suivi du carbone est soutenue par une filiale de BP appelée Launchpad. Ce groupe de type capital-risque finance des start-ups à faible émission de carbone.

 

Un soutien critiqué

À cause de ce soutien, VYVE fait face à de nombreuses critiques. En mettant l’accent sur les particuliers, les entreprises seraient susceptibles de ne pas lutter pour réduire leur propre empreinte carbone. David Nicholas, porte-parole de BP a cité les nouveaux objectifs de l’entreprise comme indicateur de bonne foi :

« D’ici une décennie, il est probable que l’investissement de BP dans l’énergie à faibles émissions de carbone sera multiplié par 10, avec une baisse de la production de pétrole et de gaz d’un million de barils par jour, soit 40 % ».

Aujourd’hui, la transparence des intérêts est un sujet qui fait débat. Pour y répondre, Burke, président du groupe de réflexion sur l’environnement E3G et ancien conseiller de BP, a suggéré que VYVE soit plus clair. En affichant, par exemple, une liste des membres de son conseil d’administration qui travaillent pour BP sur son site Web.

En somme, une industrie plus responsable passe par des garanties concrètes des groupes pétroliers. Cela nécessite une plus grande transparence de leur production de carbone. Mais le chemin est encore long tant l’arbitrage est aujourd’hui difficile entre protection de l’environnement et protection des profits économiques.