Embargo sur le charbon: la Chine punit l’Australie

par | 16 Nov 2020 | Diplomatie Énergétique, Énergies Fossiles

Un embargo sur le charbon australien s’applique en Chine depuis le mois d’octobre et ce jusqu’à la fin de l’année. Selon l’agence Platts, les compagnies nationales ont reçu l’obligation de refuser toute importation de charbon venant d’Australie. Plusieurs cargos se retrouvent ainsi dans l’incapacité de décharger leurs marchandises et sont bloqués par les douanes chinoises. Selon Canberra, la situation est extrêmement préoccupante sur place avec des membres d’équipage laissés à eux-mêmes dans les ports chinois.


L’embargo représente de facto une nouvelle étape dans la crise diplomatique opposant la Chine et l’Australie. Depuis le début de l’année, les deux pays se retrouvent embarqués dans une nouvelle forme de guerre commerciale. En s’attaquant au charbon, la Chine compte ainsi punir l’Australie pour ses récentes actions diplomatiques. Pourtant, on peut s’interroger sur la durabilité d’un tel embargo étant donné l’importance du charbon australien pour les acteurs chinois.

 

L’embargo sur le charbon : une nouvelle phase dans la guerre commerciale sino-australienne

En interdisant les importations de charbon, la Chine élève d’un cran son arsenal de sanctions contre l’Australie. Pékin avait ainsi déjà considérablement relevé ses droits de douane sur certains produits comme le vin ou le bœuf. Habilement, la Chine utilise l’argument de la non-conformité des produits afin de rendre légales ses actions auprès de l’OMC. C’est ainsi près de 19 milliards d’exportations australiennes qui sont visées par Pékin.

Or, cette spirale négative risque de continuer du fait du niveau de tension diplomatique entre les deux pays. L’Australie reproche ainsi à la Chine sa politique d’ingérence dans les affaires intérieures, notamment l’achat de parlementaires via des pots-de-vin. À l’inverse, Pékin ne supporte pas l’appel de Canberra à l’ouverture d’une enquête internationale sur les origines du Covid-19. De même, l’Australie affiche clairement son soutien à l’initiative américaine de « l’indopacifique libre et ouvert » contre la Chine.

En étendant la guerre commerciale au charbon, Pékin compte dès lors punir l’Australie. La Chine est en effet le deuxième marché pour les exportations australiennes de charbon derrière le Japon. D’après BP, les exportations vers la Chine représentent à elles seules près de 15 % de la production australienne. Pour Canberra, il s’agit d’une perte financière considérable surtout dans un secteur clé politiquement pour le gouvernement australien.

 

Des facteurs économiques expliquent l’embargo contre l’Australie

Si la crise actuelle est largement le fait des tensions diplomatiques, ces dernières n’expliquent pas totalement l’embargo chinois. En effet, l’Australie n’est pas le seul pays frappé par des interdictions sur ses importations de charbon. L’Indonésie a ainsi vu ses exportations de charbon vers la Chine baisser de 37 % au mois de septembre. Globalement, les importations ont diminué de près d’un tiers par rapport à l’année précédente.

Cette chute des importations peut s’expliquer par la politique de quotas mise en place par la Chine depuis 2017. Pékin limite ainsi ses importations annuelles de charbon à des niveaux proches de 270 à 300 millions de tonnes. Or, dès le mois d’octobre, près des trois-quarts des quotas avaient été utilisés par les importateurs chinois. Ce chiffre s’explique par le fort rebond de la sidérurgie après la levée des restrictions dues à l’épidémie de Covid-19.

Pékin compte également utiliser les quotas afin de stimuler sa production intérieure. L’industrie nationale a en effet beaucoup souffert de la concurrence du gaz naturel liquéfié et de l’augmentation de l’hydroélectricité. Rappelons que l’industrie du charbon représente une part importante des emplois, notamment dans le Nord-Ouest du pays. C’est pourquoi l’embargo chinois sur les importations australiennes ne doit pas se lire qu’à travers les seules tensions diplomatiques.

 

L’embargo : une contrainte pour Pékin

La Chine a donc décidé d’appliquer strictement ses quotas d’importation visant particulièrement l’Australie afin de sanctionner son action diplomatique. Pourtant, cette politique d’embargo constitue un défi important pour les compagnies chinoises. Le charbon australien est en effet particulièrement difficile à substituer notamment dans la sidérurgie. Beaucoup d’experts estiment d’ailleurs très probable que Pékin relâche une partie de ses restrictions sous la pression de ses industriels.

L’Australie bénéficie effectivement d’un avantage compétitif sur le charbon métallurgique (Coking Coal) de très bonne qualité utilisée dans l’industrie lourde. L’Australie représentait ainsi l’an dernier près de 43 % des importations chinoises pour ce type de charbon. À l’heure actuelle, la production domestique chinoise ne peut combler la perte des importations australiennes. Son coût est à la fois trop élevé et sa qualité trop faible pour satisfaire la demande dans l’industrie.

C’est pourquoi Pékin se tourne vers d’autres fournisseurs comme la Colombie, la Russie ou l’Afrique du Sud. En Russie, les prix du charbon ont ainsi augmenté de 24 % en un mois. Cependant, ces fournisseurs alternatifs restent encore beaucoup plus chers que les importations australiennes du fait des coûts du transport. De même, la Colombie subit une grève importante dans ses mines de charbon diminuant l’attrait du pays pour les Chinois.

Pour l’heure, seule la Mongolie semble profiter de l’embargo sur les produits australiens. Les exportations de charbon vers la Chine ont ainsi bondi de 24 % le mois dernier. La Mongolie est de facto devenue le premier exportateur de charbon métallurgique sur le marché chinois. Cependant, cette hausse s’accompagne de multiples problèmes de trafic à la frontière sino-mongole créant d’importants goulets d’étranglement.

Pour les compagnies chinoises, l’embargo sur le charbon australien entraîne donc des difficultés majeures en matière d’approvisionnement. C’est pourquoi de nombreux experts pensent que Pékin sera contraint de relâcher en partie son embargo d’ici l’année prochaine.