EDF: Pas de Réforme avant les Élections Présidentielles

par | 29 Juil 2021 | Diplomatie Énergétique, Politique Énergétique

EDF et sa réforme portant sur la restructuration du groupe, n’aura finalement pas lieu avant la fin du quinquennat de Macron.
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EDF et sa réforme portant sur la restructuration du groupe, n’aura finalement pas lieu avant la fin du quinquennat de Macron. Pour cause, Paris et Bruxelles n’ont pas trouvé d’accord, et l’agenda politique français ne pourra donc pas l’intégrer avant 2022.


 

EDF suspend le projet Hercule

Le Plan Hercule, ou Grand EDF, est suspendu au moins jusqu’aux prochaines élections présidentielles, selon plusieurs sources proches du dossier. Il s’agit pourtant d’une réforme « inévitable » pour Emmanuel Macron. Dans le but d’aider le groupe français, actuellement endetté, à revenir dans la course énergétique. Finalement, aucun projet de loi ne sortira avant le printemps 2022.

 

Ce que contient la réforme initiale

D’abord, la réforme devrait diviser EDF en trois entités distinctes, EDF Bleu (nucléaire), Vert (énergies renouvelables) et Azur (barrages hydroélectriques). Ensuite, 40% d’EDF Vert seraient mis en Bourse, soit les activités les plus prometteuses. L’objectif étant d’augmenter le bilan de plus de 4 milliards d’euros.

Aussi, le prix de vente réglementé du nucléaire (Arenh) devait passer de 42€/MWh à 48€/MWh pour ses concurrents. CE système repose en grande partie sur la capacité d’EDF à investir dans les énergies renouvelables et à rénover son parc nucléaire vieillissant. Enfin, l’un des éléments prévus est de conserver le statut public des barrages hydroélectriques.

 

Le rôle de l’Union Européenne

Bien que la réforme concerne une entreprise française, détenue à 84% par l’État, elle nécessite une autorisation de la Commission Européenne. En effet, les organismes européens doivent vérifier le dossier afin que le groupe ne soit pas responsable d’une concurrence déloyale. Le gouvernement français respecte cette procédure, affirmant ne proposer aucune loi tant que l’UE ne soutiendra pas ses grands principes.

 

La Commission européenne reste intransigeante

Mais pour l’heure, Bruxelles se montre hostile à cette réforme, notamment la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager. Celle-ci souhaiterait une séparation davantage marquée entre les trois entités d’EDF, empêchant la circulation des capitaux. Ce, alors même qu’il s’agit du but premier du projet, de permettre à EDF de relancer le nucléaire français.

De plus, Vestager exige la remise en concurrence des 400 barrages hydroélectriques d’EDF, ce que la France refuse catégoriquement. Si des progrès ont eu lieu au cours des discussions, les désaccords sont encore trop nombreux. De fait, aucun accord global n’a été trouvé entre Bruxelles et Paris.

 

Une promesse ratée pour Emmanuel Macron

Dès son arrivée à l’Élysée, Macron avait affirmé vouloir mettre en œuvre cette réforme afin de refinancer le groupe endetté. Freinée par l’UE, la grande réforme énergétique du quinquennat est désormais impossible à achever d’ici à la fin du mandat.

Une annonce qui risque de décevoir les actionnaires et investisseurs d’EDF, qui comptaient sur ce plan. Désormais, alors qu’il la préparait depuis deux ans, l’exécutif s’est résigné à ne pas faire passer une réforme « précipitée ».

 

Les syndicats se réjouissent de la nouvelle

Pour certains, la suspension des négociations de la réforme est une nouvelle bien accueillie. Les syndicats, et les partis de l’opposition, y voyaient un risque de démantèlement et refusaient sa mise en œuvre. Ces derniers mois, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, multipliait les rencontres avec les syndicats afin de les convaincre du plan. En vain.

D’ailleurs, les syndicats ont affirmé qu’il n’y a « aucun espace politique et syndical pour que la réforme d’EDF passe ». Une réalité momentanée, mais qui n’empêche pas la poursuite de leur vigilance quant aux prochaines discussions entre Bruxelles et Paris.

 

Vers une reprise des discussions à l’avenir ?

Le gouvernement est toujours convaincu de la nécessité de la réforme d’EDF, indispensable pour éviter le pire. La situation financière du groupe conforte le besoin de réforme. Mais pour l’heure le calendrier politique ne correspond pas. En cause, la hausse des prix de l’électricité qui risque de déclencher une vague de protestation contre la politique d’Emmanuel Macron à quelques mois des élections présidentielles.

En parallèle, de nombreux autres sujets restent à discuter avec la Commission, notamment concernant l’avenir du parc hydroélectrique d’EDF. Aussi, le sujet de la régulation du nucléaire existant, ne permettant donc pas de définir une date d’arrêt des pourparlers. En outre, l’exécutif français a réaffirmé son objectif de protéger les consommateurs et les capacités d’investissements d’EDF.